La Blogothèque

The right man, man

Il est tard, bien trop tard, j’ai les oreilles vrillées ; tout doucement dans les enceintes, la radio me ramène au calme. Il y a une paire d’heures seulement, je suivais Man Man dans la rue Oberkampf à Paris. Leur concert du Nouveau Casino, ils l’ont terminé juste après la pluie, sur le trottoir. Avec Honus Honus perché sur une boîte aux lettres, ils reprenaient les Marx Brothers entourés de leur public parisien. Quand ils ont quitté la salle et repris le corridor qui mène à l’extérieur, il n’a pas fallu attendre très longtemps pour que tout le monde suivent en procession. Ce soir, il s’agissait de faire dévotion au dieu Honus Honus, de vénérer Man Man.

Il y a des concerts attendus, ceux dont on a acheté la place bien en avance, pour être sûr de pouvoir accéder à la salle, ceux dont on peut fièrement arborer le sésame. Quatre ans d’attente, un demi-concert bruxellois et voilà enfin le moment tant attendu, les Indiens de Philadelphie étaient enfin en “vraie” tournée européenne.

Ils sont fêlés, ou font mine de le faire croire. Ils sont en blanc pour mieux annoncer la folie furieuse qui va se dérouler. La psychiatrie n’est pas loin mais les électrochocs, ce sont eux qui les donnent, à taper comme des sourds sur tout ce qui fait du bruit. L’eau gicle, les petites cuillères volent, les jouets d’enfants sont détournés, poussés, tordus, jetés.

Bateleurs, joueurs, crieurs : Man Man, c’est prendre le périph’ dans la camionnette des Merry Pranksters, à fond de train. Banana Ghost, Black Mission Goggles, et Push the Eagles stomach ne disent pas autre chose qu’ «Agite toi dans tous les sens, abandonne toi!» . La voix de Honus, rauque, puissante, qui déraillle, est entourée d’un choeur bancal, pervers, qui louvoie dans les ruelles d’un quartier imaginaire un peu louche et coloré.
A la batterie, Pow Pow devient personnage de dessin animé, avec son visage élastique. Les Man Man sauraient très bien faire un disque pour enfants, c’est certain. Mais en l’état, c’est un coup à leur provoquer des cauchemars.

Il y a une paire d’heure, quelque chose de dérangé s’est produit. Clochettes, percussion et appeau m’ont retourné la tête, j’en suis devenu fou.
Je crois leur avoir dit au moins dix fois merci, ils le méritaient. Everyone says I love you

Photos Ryan Dombal (@ ATP vs Pitchfork) & Kathryn Yu