La Blogothèque

« I am listening. You’re hearing me »

ESSIE JAIN JOUERA A LA SOIRÉE A EMPORTER, SAMEDI 31 MAI AU POINT EPHÉMERE, À PARIS

Où étais-tu Essie Jain, pendant ces dernières années qui t’attendaient en nous adressant quelques trop rares chanteuses capables d’émouvoir au premier regard, puis de nous arracher le cœur dès le second ?
Ton premier album est rare autant qu’imparfait, il promet beaucoup et donne maladroitement, étale trop ses cordes et te pousse parfois à une démonstration vocale qui ne te va pas. Mais quand même, qu’est ce que c’est beau. C’est sûr, de toi on ne dira pas que tu es le croisement de Cat Power et de PJ Harvey comme on dirait que tu flottes quelque part entre Bach et Damien Saez. Tu es Essie Jain dès les premiers froissements de Glory .

Mais ce morceau est trop classique. Ton chef-d’œuvre de jeunesse, celui qui en appelle tant d’autres, c’est Sailor . Peu de chansons croisées ces derniers mois ont plus de force charnelle. Si tu t’arrêtes là, Essie, tu laisseras déjà beaucoup…
Cette histoire d’amours maritimes est avant tout une fausse piste, qui dure pendant les trois quarts de cette pièce un peu baroque, en équilibre sur un violoncelle grave en attente d’implosion. Puis vient le revirement, digne d’un vent marin, poussé par ta voix qui monte et qui se débat fièrement. À ce moment-là, tu as 80 ans et trois vies vécues, et nous des embruns plein le pull.

Tu pourrais chanter des choses qu’on jugerait plus sérieuses sûrement, Essie, te tourner vers le classique avec ta voix d’alto assez vaste pour ce monde-là. Mais tu construis une folk de chambre sur instruments en bois précieux. On s’y sent moite et assoupi, jamais apaisé. Parce que tu demandes beaucoup de patience et de disponibilité, qu’on ne peut pas t’écouter en faisant autre chose: on est avec toi ou très loin de toi.
Tu étais comme ça, déjà, dans les rues de New York, filmée par un Vincent Moon pas très convaincu sur le coup, avant d’être conquis lui aussi en repensant à toi quelques mois après. Là-bas, tu cherchais un peu de réconfort des yeux, tu hésitais beaucoup, tu peinais à trouver ta place dans la cohue de la ville. Mais tu étais là, frêle et courageuse, avec tes morceaux qui ont envie de silence, à les faire vivre à l’assaut du trafic et des livreurs bruyants. On se disait que ce n’était pas complètement toi, que tu mérites bien mieux. Et dans le même mouvement naissait l’envie de t’avoir rien que pour nous. Toi qui chantes tes comptines et nous qui t’écoutons.

Samedi soir je ne serai pas là, et j’ai sérieusement les boules.

Photo du haut: Mattatoio club