La Blogothèque
Soirées de poche
#2

Bon Iver

On avait lancé l’idée d’une Soirée de Poche un peu comme on formule un souhait. Trois semaines plus tard, nous attendions avec Bon Iver sous un porche, un lundi pluvieux. Nous nous apprêtions à le voir revisiter en direct ses morceaux, en acoustique, a cappella, dans Montmartre. Première partie du Concert à emporter : l’avant-soirée…

On avait d’abord lancé l’idée comme on a l’habitude de le faire, comme ça, en espérant que ça marche, juste parce qu’on aimait l’artiste. On avait juste suggéré cela, que Bon Iver puisse jouer un concert privé, une soirée de poche dans un appartement. On ne savait pas trop si on devait y croire, jusqu’à ce qu’on se retrouve, début mai, Nora et moi, dans une petite cour à interviewer Justin Vernon. A la fin de l’entretien, on lui évoque la chose, et le voilà qui nous dit que c’est un de ses rêves, que son album a été fait pour être joué devant de petites assemblées, qu’il est pressé d’y être.

Nous aussi, dès lors, nous étions pressés d’y être, et Dieu sait que ça n’a pas été facile. Emploi du temps bouleversé, concert en concurrence, Canal+ qui vient nous piquer la date initiale. Mais voilà, quand on a la foi, on finit par se retrouver, un lundi de pluie, sous le porche d’un immeuble des Abbesses, avec Justin, Sean, Mike et leur tour manager,  des bonnets et du matos, à attendre que la concierge revienne et nous donne les clefs de l’appartement des Bux.

Le salon avait été vidé pour la Soirée de poche, et nous passâmes une heure à traîner avec Bon Iver réfléchissant à la meilleure manière de jouer l’après-midi puis le soir-même, en complète acoustique, sans le moindre ampli. Nous leur avions apporté melodica, Glockenspiel; il y avait aussi le toy piano de la petite Ethel. Justin parlait de marcher au milieu du public, d’occuper l’espace. Puis Vincent Moon arriva, nous le laissâmes seul avec le groupe, dans l’appartement. Il fallait acheter les bières.

Le temps passe vite : il y avait déjà une trentaine de personnes dans la cour quand nous revînmes de nos courses. Nous ne pouvions pas les faire monter, tout n’était pas encore prêt : Moon et Bon Iver enregistraient encore “Flume” dans la chambre d’Ethel. Ce fût au final le groupe qui vint à eux… Le trio débarqua sans que nous nous y attendions – même nous, alla se caler devant la porte d’entrée et entama cette version nouveau-né de la chanson. Divine surprise. Le groupe était déjà parti dans la rue que nous étions encore babas. Il fallait faire monter le public, préparer un concert. Mais ça c’est encore une autre histoire… Et d’autres vidéos…

On a déjà raconté ici la magie de cette soirée. Une magie qui tenait à l’intimité, certes, à l’acoustique et la proximité, mais aussi et surtout à la réciprocité. Entre chaque morceau, Justin prenait trois minutes pour nous parler, pour dire le plaisir qu’ils avaient d’être là, ce soir, en petit comité.

Après être entrés par le balcon, joué Flume, ils ont demandé à se rapprocher encore. Le soleil déclinait, la rue en bas était bruyante mais nous n’en avions cure, Justin disait que c’était comme ça qu’il voulait jouer ses chansons. Cela tombait bien, c’était comme cela que nous voulions les entendre.

Pour ne rien perdre de ce concert, la caméra de Vincent Moon est restée en permanence allumée. Il n’y avait rien à perdre, en effet, chaque morceau était une perle, et Bon Iver nous a gratifié de deux reprises, Olive Heart des Bowerbirds et un morceau de John Prine. Mais Moon était comme tout le monde ce soir-là, et il n’avait pas envie de filmer seulement, mais aussi vibrer, fermer les yeux et dodeliner. Alors il a laissé la caméra, elle est passée de main en main avant que Vincent ne la reprenne pour naviguer lentement parmi les gens assis pendant Wolves, pour laquelle le groupe nous a invité a fredonner avec eux, comme il le fait en concert traditionnel…

Pour vous donner une plus juste retranscription de la soirée, il aurait fallu laisser une caméra filmer le jour déclinant, le plafonnier qui s’éteint, les bougies qu’on pose. Quand Sean et Mike ont délaissé leur fauteuil pour laisser Justin entamer Skinny Love, il faisait nuit noire.

Après, il y eut des accolades, des sushis et quelques joints. Puis nous sommes tous descendus dans la rue. Liz Green était venue, on a chanté devant un manège, sur des trottoirs, au milieu de la rue, puis dans un bar, on a bu. On ne peut pas tout vous montrer non plus, il faut qu’on en garde un peu pour nous, bien au chaud, juste à côté de la conviction que nous allions organiser d’autres soirées comme celle-ci. Merci Bon Iver. Merci à tous ceux qui étaient là.