La Blogothèque

Toumani Diabaté, korafolaw

Pour deux soirs, Toumani Diabaté, roi de la kora, investissait le théâtre des Bouffes du Nord.

Dans mon esprit ce théâtre était un lieu qui appelait à la ponctualité et à un semblant de tenue-correcte-exigée. Il s’est avéré être un de ces endroits dont on ne soupçonne pas l’existence, dont on n’imagine pas la grandeur – encore moins la superbe – depuis le macadam : hauteur de plafond, voûtes, arcades et arabesques, murs ocres décrépis.

Trois projecteurs braqués sur un morceau d’estrade et la kora de Diabaté, échouée dans ce gigantesque espace. Coté cour, une porte minuscule entrouverte, lumière allumée . Je l’imagine là, dans l’encoignure mais le petit homme boitillant et sa troisième jambe arrivent coté jardin.

Silence sur quatre étages. On entend jusqu’au froissement de sa djellaba. Le parterre B26 est une place de choix pour observer le jeu virtuose.

Mélodie en Sila ba .

Quelque six longues pièces instrumentales pour le regarder se balancer, jouer les yeux fermés, caresser ses 21 cordes. Il amuse avec les premières notes d’Ennio Morricone du célèbre Le Bon, la Brute et le Truand et s’applaudit : «La kora est le seul instrument qui mêle basse, mélodie et improvisation, et ça n’est pas facile.»

Un hommage à Boubacar Traoré. Diabaté parle beaucoup : l’importance de l’héritage, la tradition, le spirituel. Le concert revêt par moment des allures de cours magistral : l’obsession de la transmission. Les mélodies et ce lieu habité (depuis 1876) rendent les silences du public intenses, les applaudissements explosifs.

Mélodie en Tomora.

Le moment est court (à peine plus d’une heure). Je me suis prise à imaginer ce que ça aurait pu être avec les présences amies de Boubacar, de Ballaké Sissoko, d’Ali Boulo Santo ou encore d’un Yann Tambour (l’expérience aurait pu être grandiose).

Je repense aussi à ce C.A.E avec Sidi Touré, le bleu des murs de sa maison et le sol rouge du Mali qu’il n’a jamais quitté, et au fait que le grand public ne connait que peu les richesses de ce pays (ou seulement à travers les trop peu souvent authentiques Amadou et Mariam).

Mélodie en Sawta.

Toumani Diabaté, fils de Sidiki Diabaté, petit-fils d’Amadou Bansang. Soixante-et-unième génération de joueur de kora, de père en fils. La relève est assurée nous confie t-il, l’œil rieur, visiblement rassuré et comblé par une double standing ovation.

Toumani Diabaté sera de retour le 18 novembre au Bataclan.