La Blogothèque
Concerts à emporter

Noah and the Whale

C’est la vie de bohème. Débarquer à Paris pour jouer dans un festival dont on ne sait rien, arriver à la gare du Nord et être accueilli par une bande de Frenchies croisés quelques semaines auparavant, qui décident de vous prendre en charge, de vous trimbaler dans les rues, dans les cours, les appartements, de vous guider jusqu’à votre hôtel puis jusqu’à la salle en faisant trente détours, en portant les valises et les caisses, en sortant les guitares et les pocket pianos des valises et des caisses, en vous filmant, et vous demandant de jouer partout. Tu parles d’une sinécure… Ils n’ont jamais cessé de sourire.

On aime les Noah & the Whale depuis belle lurette, on rêvait de faire quelque chose avec eux depuis longtemps, encore plus depuis que Moon les avait filmés à Austin, pendant le festival SxSw, avec la ferme envie de recommencer. L’occasion, c’était une venue express à Paris pour une soirée Inrocks / Sony. On leur a proposé de passer l’après-midi avec eux. Avec juste la promesse de les guider et de les amener à bon port…

Trois flics ont un peu gâché leur arrivée, nous demandant d’éteindre la caméra au moment où ils apparaissaient, jaunes, bleus, vifs, colorés, au milieu de la foule. Leurs fringues, leurs accessoires, leurs sourires étaient autant de promesses. Cela allait être drôle, sautillant, débridé, frais. Nous marchions le long de la rue du Faubourg Saint Denis, ils plaisantaient non stop : ce récit pourrait être celui des saillies d’Urby, qui essayait de se rappeler son Français, lisait le Figaro à voix haute, essayait de nous convaincre de nous habiller comme lui et de joindre le groupe.

Que faut-il retenir de Noah & the Whale ? Qu’ils ont un talent presque indécent pour la chanson pop, mélodies évidentes sans être niaises, structures carrées qui pourtant respirent une certaine liberté, des élans, des pauses, des fulgurances, science d’un son plein, riche, cohérent. Qu’ils sont beaux, des personnages de fiction, presque trop faciles à filmer. Mais surtout qu’ils sont un groupe, dans la plus belle acception du terme, quatre individus en harmonie. De couleurs, d’esprit, des gars et des instruments qui s’enclenchent à la perfection, Doug qui assure le rythme en tapant sur la basse d’Urby, Urby qui pointe le doigt vers Fiddle quand il se lance dans son solo de violon, Charlie qui ne dit presque rien et guide tout le monde.

Et au final, un groupe qui aura passé tant de temps avec nous que nous en avons fait une espèce de condensé d’histoire des Concerts à emporter. Et hop, le métro, et hop un appart, un vieux qui hurle, des gens qui attrapent la caméra, un monte-charge… Ne manquent que deux-trois gamins…