La Blogothèque

Emily Jane White, une infidélité du moment

Les piédestaux et les statues élevées bien haut sur des colonnes sont faits pour vaciller tôt ou tard, l’usure du temps ou un séisme en responsables de ces déchéances, progressives ou brutales. Les disques qui sortent de (presque) nulle part et qui ébranlent des certitudes, à force de coups discrets mais efficaces, sont rares et d’autant plus louables quand ils suppléent les idoles en déclin.

Ainsi Emily Jane White et ses façons troublantes de Cat Power, mimétisme et faux airs de “Myra Lee ” ou “Dear Sir ” (ces disques indépassables dans l’esprit comme dans les formes) : dépouillement, meurtrissures, pianos ou guitares tourmentées, de singulières manières de briser les rythmes quand le ton s’élève et d’autres atouts charmants qui feraient douter de la fidélité un jour promise à Chan… “Dark Undercoat” (Talitres/Differ-Ant) ou un minimalisme folk-rock mieux produit et plus distingué, du Sodastream dans le maniement du violoncelle et du Mazzy Star dans le paysage : l’écriture est sobre, riche et la belle est fréquentable, si l’on se fie aux échos bienveillants. L’apitoiement étant justement un tort critique (et un critère personnel de dévotion) on se raccroche avec mauvaise foi aux défauts minuscules ou négligeables, comme ce chant trop propre qui ne tirera pas de larmes, pour s’éviter un plongeon fatal corps et âmes.

Le jugement évoluera sûrement, mais sur l’instant la marque des doigts dans les chairs s’incruste profondément : la claque est belle mais on ne tend pas l’autre joue de peur de devenir masochiste et sans contrôle. Attendons le prochain album pour la conversion définitive…