La Blogothèque
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Bon Iver

J’avais passé ma journée à errer entre Fisherman’s Warf et Chinatown, pour aider quelques amis touristes. Je marchais avec eux , mais je n’y étais pas vraiment : ils n’y étaient pour rien, j’étais juste totalement pris par le concert du soir. J’avais envie plus que tout de rester seul, d’avancer plus vite pour les attendre seul devant les boutiques. Cela pouvait paraître anti-social, comme si je m’ennuyais avec eux, mais je voulais juste souffler, un peu d’espace pour me concentrer, pour essayer d’imaginer comment la soirée se déroulerait.

A peine arrivé, on pouvait sentir qu’il y avait quelque chose de particulier concernant ce concert (une salle frémissant d’avance, un public curieux de savoir comment l’album et les affreuses captations YouTube de Bon Iver allaient rendre sur scène). Le concert était complet et la salle est tombée dans un silence de mort lorsque Bon Iver est arrivé, Justin Vernon, le leader du groupe, s’installant dans un coin de la scène.

Je me suis dirigé vers ce coin, me plaçant aussi près de lui que possible. Je me souviens avoir parlé à quelques personnes autour de moi, pour essayer de sentir ce qu’ils attendaient de ce concert. Mais tout est resté flou : j’étais bloqué, complètement concentré. Tout ce que je voulais, c’était la nuit, les musiciens, les chansons.

Pur bonheur. Les mots ne pourront pleinement retranscrire ce qui s’est passé, l’intensité de ce grand concert. Les images capturent certes un moment, mais ne donnent qu’un avant-goût, un fragment de l’expérience.

Un concert comme celui-ci doit être ressenti, entendu, on doit en être. Ses chansons, mon Dieu, on sort de ses chansons comme si on avait été percuté par une bagnole. On les prend en pleine face, soudainement, au plus profond, avec l’adrénaline qui monte, et la chair de poule qui nous prend. La foule avait pris les lieux comme une inondation qui monte, et 50 minutes plus tard elle s’était dissipée.

Il fût difficile de dormir ce soir-là. Curieux de voir à quoi ressemblait ce que j’avais filmé, si j’avais réussi à capturer la musique telle qu’elle était (sans prétention, sans réflexion, avec de l’émotion). Encore sous le choc d’avoir été partie prenante d’un des meilleurs concerts que j’ai jamais vu. Quant à la fin, il a conclu avec Re:Stacks, j’ai arrêté l’enregistrement en plein milieu. Le temps s’était arrêté. Quelque chose de magique venait de se passer. Je ne sais toujours pas de quoi il s’agissait.

Il fût agréable d’enfin croiser Justin. Un garçon chaleureux, facile d’accès. Il n’a probablement aucune idée de ce qui se passe autour de lui… Et puis je me suis reposé.

Nate Chan