La Blogothèque
Blogofight

Tellier – Fight

Rockoh

A trop se prendre pour un ascenseur vers l’orgasme, on risque de finir en escalator vers l’éjaculation précoce. Un disque raté, comme un coup foireux…

Note : 5/20

Rom

Ecouté à froid – c’est-à-dire en essayant d’éviter la grosse artillerie marketing dégainée à l’occasion de sa sortie – on essaie de se persuader qu’un minimum de sincérité surnage dans ce bouillon de références cheesy et autres codes eighties . Parce qu’on a aimé L’Incroyable Vérité et apprécié Politics , c’est impossible.
Deuxième degré malin, clins d’oeil pas dupes, le choix de Sébastien Tellier pour représenter la France au concours de l’Eurovision a le mérite de boucler la boucle.

Note : 8/20

Garrincha

Venu à Tellier, comme beaucoup, sur la foi d’une ritournelle qui finalement n’a laissé que peu de traces, j’avais un peu de sympathie pour la musique du bonhomme et déjà très peu pour le personnage qui à l’époque se montrait en survêtement chez Taddéï dans un “Paris Dernière” tourné dans une salle de sport ouverte la nuit. Et aujourd’hui, je retrouve un peu tout ça dans Sexuality : le talent mélodique de “La Ritournelle”, et un art du décalage revendiqué, un décalage braillard et m’as-tu-vu , le tout pour habiller du vent.

Pas étonnant du coup que Tellier admire les Daft mais le Discovery régressif et crétin, hymne de toute une génération de yuppies versaillais, plutôt que l’abrasif Homework . Pas étonnant qu’il résume son parcours dans les Inrocks en affirmant : “J’ai longtemps pensé que chercher des notes tristes était ce qu’il y avait de plus intéressant. Puis j’ai cherché, avec Politics , des notes compliquées, de réflexion. Et enfin, j’ai découvert que chercher les notes sexuelles était finalement ce qu’il y avait de plus intéressant.”

On espère vraiment qu’un jour Tellier sera moins univoque, qu’il tentera d’être triste, complexe et sexuel à la fois, qu’il cessera de vouloir saisir une seule et unique idée dans l’air du temps pour plutôt chercher un peu de contraste, un peu de contradiction. Un truc plus sincère, quoi.

Note : 8,5/20

Chryde

Note : 4/20 pour la moitié, 12/20 sur deux chansons

DJ Barney

Tout d’abord, laisser loin derrière toutes ces couvertures de magazines et ces mouillages de caleçons qui ont accompagné la sortie de Sexuality . Tout ça est bien loin de la musique et on s’en fout (mais ça n’en est pas moins pénible).

Et ensuite quoi? Sans que je puisse vraiment expliquer pourquoi, Tellier m’a toujours laissé dans une indifférence totale. La musique de Motus m’a plus marqué que son premier album et Politics reste dans mon top five des plus mémorables non-événements discographiques. Donc voilà, Tellier ne me touche pas, me traverse comme un gaz; je suis Tellierproof et ce Sexuality m’emmerde aussi rapidement que ses prédécesseurs.
Reste à savoir si ce garçon a des choses à dire. Je le pense vraiment, aucun de ses disques n’est un foirage musical intégral, Tellier tente des choses d’enregistrement en enregistrement, le problème c’est qu’il le fait en se jetant corps et barbe dans un concept bien foireux et démago. C’est son style, le concept/posture/happening. En général j’aime bien ces disques où la musique, le visuel et l’attitude vont au bout d’une idée, mais les envies de Sébastien Tellier me gênent.

Tellier a fait de la politique comme on distribue des professions de foi sur le marché des Batignolles, avec un pull noué sur les épaules et des traces d’Oenobiol, juste pour le style. Aujourd’hui il se répand dans ce langoureux cri d’amour italo-erotico-cheap qui donne autant envie de faire l’amour qu’un panini acheté place Pigalle. Sébastien Tellier c’est Brigitte Lahaie avec une barbe: une fois passée la demi-molle sur claviers eighties , ça ressemble à une bande-annonce pour XXL chantée avec un remarquable sens de l’ennui.

Note : 7/20 pour la musique – 14/20 pour la pochette

Bicarbonate de Soude

Moi j’aime beaucoup le Tellier. Vraiment beaucoup. Je le trouve superbe. Au fond, je sais pas vraiment pourquoi, je crois qu’il y a beaucoup de raisons qui font que. J’ai pas aimé Tellier pendant longtemps. J’ai donné Politics à ma petite soeur, “La Ritournelle” me passait complètement au-dessus. Et puis un jour, paf, j’ai compris. Sans trop savoir pourquoi. C’est venu tout seul. Tellier, c’est un peu comme une formule mathématique. Si tu sais pas la lire, tu comprends pas la subtilité.

Déjà, j’aime l’album concept. Cette idée de “je vais vous raconter une histoire”. Cela me rappelle les 45 tours disque/conte de quand j’étais petite, où la petite cloche faisait gling gling quand il fallait tourner la page. Là, Sebastien Tellier nous raconte le cul.

Son conte s’appelle Sexuality et c’est vraiment ça, une histoire. Parce que c’est clair qu’il n’est pas du tout en train de se livrer ou de dire ses pensées profondes. Non, il est bien trop pudique pour ça. Il nous raconte vraiment une histoire dans le sens où il se fait passer pour ce personnage. Et j’aime bien cette dévotion au service de l’album, d’une idée. Rien n’est laissé au hasard. Tout est absolument contrôlé et du coup ça devient totalement le contraire du cul: il n’y a aucune impulsion, c’est juste de la réflexion. C’est l’exposé du concept sexe. Le sexe en tant qu’idée. Dans cet album, il fait plein de références qui nous rappellent cette idée du cul. C’est bourré de connotations mais au fond, l’essence même du sexe n’est pas là. Et c’est justement pour ça que je trouve cet album touchant.

Parce que ça devient juste une vitrine. A trop vouloir être , il tombe à côté. C’est trop intellectualisé, trop parfait. On sent le studio derrière, la grosse prod’. C’est une sorte de cliché du sexe. Et c’est ça que j’aime.
C’est pas du gros son lourd et salace qui pue la cul à blinde, c’est au contraire un petit son clair et parfaitement composé avec, ça et là, juste assez de clavier pour ne pas en faire trop. C’est l’intellectualisation du sexe. C’est presque de la science-fiction. C’est “je vous donne l’idée du sexe, les codes du sexe, le son du sexe” mais au final c’est vide. Ce serait comme une boîte avec marqué “bonne baise” mais dedans, rien, le vide total.

Evidemment que Tellier n’est pas quelqu’un de sincère, dans le sens où il ne va pas chanter “t’en vas pas j’ai trop mal” ou des conneries dans le genre. Son degré de sincérité se place au-delà. Il se met au service d’une idée et c’est là qu’il est sincère. Tellier, c’est le mec qui rit pas à une blague mais qui dit “très bon, très bon” en tirant sur sa clope. Il est tout le temps dans l’observation du monde. Je ne vois pas pourquoi un artiste devrait se cantonner à “je m’exprime, je fais de la musique qui me ressemble” pour être crédible.

Moi quand j’écoute Sexuality je ne vois que de la sincérité. Et je trouve qu’il a très bien adapté les codes de la musique cul pour en faire un disque cool.

Note : 15/20

Godspeed

Je ne peux pas participer à ce Blogofight : ça veut dire écouter l’album en ENTIER avant d’écrire un truc. Et ça, jamais de la vie. J’en ai entendu 2 minutes dans une Fnac la semaine dernière et ça m’a donné envie de m’enfuir en courant. On aurait dit L’Homme à la tête de choux (qui me gave très vite) remixé par Pierre Bachelet pour la BO d’Emmanuelle . Une certaine idée du cauchemar en ce qui me concerne.

Quitte à souffrir, je préfère encore me faire une intégrale Jan Kounen.
Comme ça ensuite je peux écrire un essai : “Influences et
plagiats de l’oeuvre de Shinya Tsukamoto chez Jan Kounen” ; ça sera plus utile à l’humanité qu’une chronique supplémentaire sur le disque de Tellier.

Note : non noté

Oslav Boum

Parti-pris sonore régressif eighties , fond sexuel attrape-couillon et formes synthétiques en toc, médiatisation tête à claques, Sébastien Tellier s’expose comme pas un au brisage de rotules critique. Mais ce gars, qu’on pourrait croire as du marketing conceptuel, est plus pur que ça et/ou moins intelligent : comme un gamin qui avalerait bombec sur bombec, il carbure aux gimmicks pop pour lutter contre l’ennui.

Pour le premier album, c’était : “pas de batterie”, credo appliqué jusqu’au déraisonnable sur un disque sous influence Wyatt/Pink Floyd lo-fi. Forcément pour le second il est parti à rebours, allant chercher un ex-batteur de Fela (Tony Allen) et mettant sur pied une grosse fanfare pop. Avec en morceau de bravoure, “La Ritournelle” devenue rengaine à force de synchros pub, quand même (selon moi) un classique mondial du troisième millénaire, une mélodie qui s’installe dans le crâne et colle le frisson. Sept minutes hors format.

Après Sessions (piano voix et digestif), quelques flirts avec le cinoche sous influence de Roubaix (la BO de Narco ) et du n’importe quoi (son rôle dans Steak ou le Non Film, tous les deux signés Quentin Cuicui Dupieux), Sexuality . Disque excessif, rempli de claviers analogiques qui rappellent la pop la plus cheesy et de boîtes à rythme old school, de plein et de vide. Evacuons le concept vaguement fumeux (comme celui de Politics , aussi clair qu’un candidat du Modem… oups) et l’efficacité relative (pour faire l’amour, il y aura toujours mieux comme bande-son, de Marvin Gaye à Astrud Gilberto) mais gardons l’ambition. Tellier n’hésite pas à s’emparer de sujets plus gros que lui, qu’il appréhende avec la sobriété d’une fermeture de bar, tout délirant et dégoulinant. Il n’a pas peur du mauvais goût comme Christophe qui, de plus en plus, devient son maître à penser. J’étais à l’Olympia pour le come-back du blondinet : d’une seconde à l’autre, il pouvait passer du ringard pathétique au roublard poétique. Pareil sur Sexuality : effluves de varièt’ italienne ou de Cerrone se conjuguent avec du sous-Abba et du BBAO (Beach Boys assisté par ordinateur). Tellier prend le risque d’être ridicule (il adore ça) mais s’appuie sur de sacrées béquilles : ces mélodies qui font de “Roche” ou “L’Amour et la violence” des chansons qui se battront avec panache contre le temps.

Comme il faut que j’en finisse, je vais enlever le masque, les nuances : j’adore ce type. Comme le résume Luz : “Sexuality, c’est cool comme du Beny Benassi”. Un disque pas très correct mais dont on peut jouir une fois qu’on s’est libéré de ses propres entraves (fuck le math-rock et l’indie rock tout gris, vive la vie, vive le cul). Je le suivrai dans toutes ses bouffonneries, ses métamorphoses. Peut-être même que je regarderai l’Eurovision à cause de lui. Et ça n’a rien à voir avec une surexposition dans des canards pseudo-branchés : ses aventures, vivantes et colorées, me passionnent. J’échange ses quatre disques contre l’intégrale Constellation ou The National. Si je peux, je garde le tout, bien sûr.

Note : 16/20

Photo: Vanessa Bureau