La Blogothèque
Concerts à emporter
#87

Yeasayer

Oui, il arrive que nous traînions la patte. Que nous n’y allions qu’à moitié motivés. C’était un de ces soirs-là : on pourrait lister les galères de matos, la fatigue, la difficulté d’organisation, le Concert à emporter qui n’est prévu qu’après celui de Nouveau Casino, le groupe qui se fait attendre, le tour manager qui refuse de bouger le van…

Et pourtant, deux heures plus tard, nous repartions d’un appartement à Jourdain, enivrés, étourdis, persuadés d’avoir vécu l’une des sessions les plus folles, les plus libres, de la petite histoire des Concerts à emporter… avec un groupe que je n’aimais pas.

Vus à Brooklyn en concert, les Yeasayer m’avaient laissé perplexes, look étrange, gimmicks eighties, envolées folles, un peu beaucoup à la fois. En disque, pire : je n’arrivais pas à digérer les nappes, les synthés, les 3 kilos de reverb. Ce soir là, je regrettai à peine d’avoir raté le concert, malgré les regards émerveillés de ceux qui en sortaient.

Le groupe sort du nouveau Casino. Ils sont drôles, mordants, à l’aise, insouciants. On tourne un peu en rond, on apprend que l’on ne prendra pas le van. Direction le métro Goncourt, donc. Fans, amis, allez savoir, partent avec nous. La marche est longue, tant et si bien qu’on en oublierait presque que nous allons tourner. Ira, le bassiste, descend l’escalier le dernier, et le groupe nous prend presque par surprise, part devant, se retourne, et se lance dans un a capella.

A quoi servirait-il d’en décrire plus ici ? Les vidéos disent tout, je pense… Les morceaux débridés dans le métro, qui montent en puissance jusqu’à Jourdain, le pack de bière qui s’ouvre, la longue marche, l’immeuble aux deux digicodes, un interphone, un ascenseur sécurisé et onze étages. Puis le piano, les bières, les chants, les paroles de 2080 écrites à la va-vite sur une feuille de papier, Lyn perchée dans son hamac, les mains, les verres, les bouteilles qui tapent par terre comme pour appeler l’engueulade de la voisine, une joyeuse communion hippie.

Et ces chansons, qui mériteraient d’être plus souvent nues comme cela, juste ces voix et ces tictic sur les bouteilles de bière. Aussi fortes, encore plus belles. Ce soir là, on a poussé Yeasayer à faire n’importe quoi, ils nous ont doublé, entraînés avec eux, retournés. Yeasayer are fun.