La Blogothèque
Concerts à emporter
#86

Stephen Malkmus

Lorsque nous sommes sortis du café, il nous attendait, posé contre le mur, fumant une cigarette, semblant ne rien attendre de quoi que ce soit, juste là, en train de cloper. Il avait l’air plus vieux, il en imposait un peu, mais Stephen Malkmus restait fidèle à l’image que nous en avions. Un mec détendu, qui semble ne plus pouvoir être déçu ou agacé par quoi que ce soit, qui ne semble pas prêt non plus à s’investir plus que ça. Un mec avec une guitare, qui allait poser trois chansons folk pour nous, puis oublier, raconter ensuite à ses potes que nous lui avons demandé de chanter du Pavement…

Mais qu’importe. Pour moi, sans doute pour beaucoup, une seule seconde justifiait ces vidéos. C’était sur un pont du Canal St Martin, c’est à 49 secondes, c’est cette voix qui déraille, et qui porte avec elle, dans cette petite étrangeté, tout le charme, toute l’histoire d’un groupe que nous avons aimé.

Il va sans dire que le galet Malkmus ne fascinait pas l’impétueux Moon outre mesure. Sans avoir jamais porté attention à Pavement ou à Malkmus en solo, il n’y avait pour lui qu’un homme qui laissait tout couler… Paris nous a heureusement aidé à animer un peu la chose. Ce furent un amas de chaise dans une sombre allée, un cours de samba en sous-sol…

… puis cette entrée qui donnait à l’arrière du Gibus, alors vide, tout juste occupé par deux ouvriers trop affairés pour nous dire quoi que ce soit. Malkmus a déambulé dans ces couloirs vides, troubadour erratique dans un lieu du rock en sommeil.

Puis Malkmus nous a dit au revoir, et il est parti…

Nate Chan nous avait plus ou moins donné l’alerte. Il avait eu l’occasion de filmer Stephen Malkmus avec les Jicks lors de leur passage au Great American Music Hall de San Francisco. Aucune chanson de Pavement, aucune chanson des Jicks… Juste un panaché anarchique de vieux morceaux de R.E.M. Allez savoir…