La Blogothèque

Au harpon

Ils font tout tellement bien que c’en est irritant, qu’en les écoutant on a l’impression désagréable qu’ils ont tout calibré, que tout ce bricolage, cette musique conçue dans un magasin de bric-à-brac, sonne exactement comme il faut. Tout est là : il y a un ukulélé, il y a du violon, un harmonica, et puis plein de petits instruments qui rentrent peu à peu et donnent l’impression qu’ils sont 50 sur scène, il y a un type qui siffle, il y a des choeurs tout comme il faut, tantôt en contrepoint et tantôt en renfort. Bref, si quelqu’un devait écrire une bible de la bonne chanson folk en 2007, demander à Noah & The Whale – c’est leur nom – ne serait pas complètement aberrant.

Ces tout jeunes Anglais, incubés dans la toute nouvelle scène folk londonienne (Jeremy Warmsley, Jack Penate, Lightspeed Champion) et découverts chez l’excellent Good Weather For Airstrikes , ont visiblement écouté avec beaucoup d’attention Sufjan Stevens, Iron & Wine et toute l’americana qui compte aujourd’hui. Reste que la transposition ne va pas sans un certain décalage. Ici, c’est un côté un peu romantique à la con, comédie à l’eau de rose, qu’on retrouve dans “2 Bodies, 1 Heart” et ses paroles qui frisent parfois le niveau première L.

Pourquoi je vous en parle alors ? Parce que malgré tout, ça fonctionne. Parce que derrière cette première impression de déjà-vu, il reste des mélodies qu’un chroniqueur moins rigoureux que votre humble serviteur qualifierait volontiers d’imparables. Plus simplement, on se surprend à revenir à Noah & The Whale, à ne pas vouloir les lâcher, à y retourner sans cesse et sans cesse, un peu comme une promenade la tête en l’air dont les pas inconscients nous ramèneraient sans qu’on y prête attention au même endroit. Derrière les bonnes recettes, il y a – avant tout – de belles chansons, bien écrites et bien pensées. Et puis, aussi, parce que ces jeunes gens qui transpirent malgré tout la spontanéité et l’engouement sont drôles, irrésistiblement drôles, dans une veine très Wes Anderson. Voir à ce sujet leurs deux jolies petites vidéos.

C’est une belle promesse : quand on sait écrire aussi bien et s’inspirer des meilleurs, quand on peut mettre autant de fraîcheur, d’enthousiasme et de handclaps que dans la comptine “5 Years Time”, sorte de croisement entre le Spinto Band et le “Brimful of Asha” des Cornershop, il ne manque plus grand chose pour faire quelque chose de vraiment chouette. Après tout, ils ont dans l’ensemble moins de 20 ans : à suivre, donc. Vous reprendrez bien un peu de fraîcheur pour la route ?