La Blogothèque

La saison 2007 : Garrincha

UN GOSPEL, DEUX FANTÔMES, NEUF ALBUMS

Attention, cette hiérarchie est précaire, aléatoire pourrait-on même dire (en dehors du premier disque de cette liste, qui est très bien là, tout en haut, seul sur son piédestal) et n’est pas couverte par votre garantie. La maison décline toute responsabilité en cas de malencontreuse réévaluation.

1. THE NATIONAL, Boxer

Dans le 91 et sur la ligne 13, au petit matin et dans le creux des nuits, sur la coulée verte la tête au niveau des toits, sur les grands boulevards le nez dans le méthane, dans le train Corail pour la Normandie et dans l’avion pour la Namibie, en dansant dans mon salon et en me recroquevillant dans mon canapé, sur un lit d’hôpital et dans les bras de ma femme, en Avignon, à Bordeaux, à Petra, à Assouan, au milieu des miens et parfois tout seul, dans la sueur et dans le gel, les yeux rivés au sol ou dans les nuages, à la Maroquinerie et à l’Elysée Montmartre. Fake Empire et les autres, partout, tout le temps. Porté, toute une année et pour longtemps encore, par une mélancolie farouche et la prestance de ceux qui ne poursuivent plus les victoires faciles, un gospel qui fait qu’à la fin du jour on tient encore debout.

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2. LOW, Drums & Guns

Deux voix qui chantent les corps brisés, les combattants harassés. Familières, pures, hantées. Sur un lit d’orgues qui convoquent des crépuscules tombant sur des champs d’obsidienne et de chuintements de guitares qui viennent et repartent dans un étrange ballet fantomatique. Ou comment un groupe unique se surpasse encore, taille à la machette dans sa musique pour n’en garder que le squelette, entre harmonie et bruitisme ; comment un groupe unique se fout à poil pour donner une voix à ceux qui sombrent.

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3. BEIRUT, The Flying Club Cup

Il importe de brandir les poings, de se cogner la poitrine, de chanter, de tourner comme un derviche, jusqu’à ce que la joie et les larmes viennent. ” Et en fait, essayer de mettre des mots sur la musique de Beirut, c’est un peu comme attraper du vent à pleines mains, comme essayer de dire pourquoi on a le coeur qui bat. J’ai essayé, pourtant :

- après le concert du Trabendo

- après la [Soirée à Emporter

->http://www.blogotheque.net/article.php3?id_article=3353]

- en découvrant la version filmée de The Penalty

Notons que cette année, en dehors du Flying Club Cup , Zach Condon aura aussi sorti un très réussi morceau d’électro planant, “Venice”, qu’il aura collaboré à l’album d’Alaska In Winter , et que ses camarades de A Hawk & A Hacksaw auront également publié un album avec le Hun Hangar Ensemble , qui aurait lui aussi mérité de figurer dans ce top 10.

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4. ALELA DIANE, The Pirate’s Gospel

Novembre et décembre auront été éprouvants, des mois trop froids et troublés, des mois trop vides et immobiles. Heureusement qu’Alela et sa voix gorgée de vieilles histoires étaient là pour les réchauffer un peu, pour dessiner dans le gris des villes réfrigérées et dans les méandres de la maladie un petit sentier lumineux qui mène aux ailleurs perdus.

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5. ANDREW BIRD, Armchair Apocryphia

Jusqu’ici, on imaginait Andrew Bird en funambule un rien lunaire, jonglant avec 3 balles au dessus du vide. Avec cet album, il prouve non seulement qu’il est capable de jongler avec une vingtaine de petites billes mais qu’il le fait sur un pied, en donnant l’air de siffloter en toute insouciance. Pourtant, si on prête bien attention, notre homme n’a jamais été aussi grave, inquiet, frustré, parfois en colère devant la déliquescence de tout un pays, de tout un monde qui bascule, entre villes qui s’effondrent et empires mouvants. Alors ces petits hymnes, bricolés avec des petites guitares, des pianos branlants, des sifflements d’acrobate et toujours cet éternel violon dont il peut à peu près tout sortir, se font un rien plus rageurs, plus accrocheurs, tempêtes dans un verre d’eau qui menace de déborder.

Pas une chanson faible sur tout l’album, construit de façon très cohérente. A l’heure d’iTunes et du tout-chanson, ça vaut aussi le coup d’être souligné.

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6. VAMPIRE WEEKEND, Blue CDR

L’album éponyme de Vampire Weekend ne sortira finalement qu’en février 2008, mais entre les CDR et les 7″ tous les morceaux ont déjà transité par chez moi. Aux Etats-Unis, le groupe s’est retrouvé pris dans une espèce de polémique un peu idiote sur des questions mélangeant race, classe et musique. L’insouciance des chansons est à milles années lumières de ça : rafraichissantes, légères, sautillantes, déversant un trop plein d’énergie en plein soleil pour que chacun puisse se servir, appuyées sur des pulsations rythmiques savantes (et un batteur assez phénoménal) mais qui donnent immédiatement envie de danser. Des chansons qui en plus ne se contentent jamais de la ligne droite mais qui tournent, contrebraquent, voltent et sautent contre les murs.

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7. SPOON, Ga Ga Ga Ga Ga

Parfois, Spoon fait tenir une chanson avec trois bouts de ficelle, une guitare compressée qui n’intervient qu’à son tour, une ligne de batterie et presque rien d’autre, la production ingénieuse de l’album se chargeant de faire partir un feu d’artifices avec deux pétards mouillés et trois allumettes. Parfois, presque sans transition, ils convoquent un orchestre de mariachis qui n’a besoin de personne pour démarrer un incendie. Virevoltant entre tout ça, il y a la voix de Britt Daniel et son mélange improbable de lassitude et de groove.

En 2007, j’ai entendu deux choses qui m’ont consolé de n’avoir jamais vu un concert des grandes années de Stax : Mahmoud Ahmed en concert et la voix de Britt Daniel.

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8. INLETS, Vestibule

On a découvert en début d’année la mélancolie douce et surannée de ce bonhomme échappé de l’entourage de Sufjan Stevens et Shara Worden, et depuis ses mots ne nous ont pas quitté. Sur un lit de guitares acoustiques alambiquées et de basson, de trombone, de violons et d’autres petits détails farfelus, le premier EP d’Inlets (toujours disponible en téléchargement gratuit) rassemble quelques unes des plus belles chansons de la nouvelle scène folk new-yorkaise. Plus prolifique que les trop rares Department of Eagles, moins poseur que les Dirty Projectors, Sebastian Krueger est reparti enregistrer la suite en octobre dernier. On l’attend impatiemment.

Pour patienter, un petit inédit : la reprise du “Deadly Disclosure” des Department of Eagles par notre homme.

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9. ELVIS PERKINS, Ash Wednesday

“All The Night Without Love” et, surtout, “While You Were Sleeping” : deux chansons aussi rares qu’une amoureuse compréhensive et sincère. Qui concilient dans le même élan un peu de solitude et un peu de chaleur. Cette solitude qui n’est pas toujours un regret, une douleur, et qui correspond parfois à une nature, enfouie mais bien réelle, le besoin d’être en retrait, d’être en même temps ici et ailleurs. Cet homme a su le chanter. Merci pour ça.

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Ne sont pas dans ce top pour des raisons arbitraires, subjectives et injustes : les reflets troublants du Tiny Mirrors de Sandro Perri , la passionaria Aesop Rock pour son None Shall Pass , les dresseurs de Jonquil et leurs Lions , la belle découverte que fut Mark David Ashworth et son Viceroy , Peter & The Wolf dont le Ivori Palms est à peine un minuscule tout petit cran en dessous de Lightness qui est lui sorti en 2006, le premier album d’Ola Podrida et le premier EP de Marla Hansen , l’architecte d’intérieur Haushka pour son Room To Expand . Et des valeurs sûres encore une fois au rendez-vous : Radiohead en arc-en-ciel et Bonnie Prince Billy , pour son Ask Forgiveness , mais aussi le White Chalk de PJ Harvey et Vic Chesnutt , évidemment.

Au rayon hip-hop, signalons également les belles sorties d’El-P , Busdriver , Hezekiah , des renversants Blue Scholars et de Pigeon John .

La suite de ce top est directement inspiré par les vénérables et vénérés Cahiers du Football.

LES 5 BEAUX GESTES DE LA SAISON

(ie. le top concerts)

- Zach Condon (Beirut) et le Koçani Orkestar pour l’explosion collective d’aortes qui a suivi l’entrée des cuivres sur Sunday Smile (et pour avoir exaucé notre rêve aussi, accessoirement), à la Flèche d’Or

- pour avoir achevé le public d’une reprise de “Ruby Tuesday”, Vic Chesnutt à la Cigale, alors qu’après “Glossolalia” et “Warm” c’était pas vraiment la peine d’en rajouter

- pour l’intensité inouïe de l’ouverture par “Start A War”, les envolées de “Squalor Victoria” et au bout de la nuit, l’apaisement de “About Today”, The National à la Maroquinerie

- pour ses 18 plongeons dans la foule, Emanuel d’I’m From Barcelona à la Cigale, sachant que seulement 2 furent effectués depuis la scène

- pour son regard ténébreux et ses chaussures blanches, Jesse Sykes à l’Européen

LES 5-1=4 ANTIGESTES DE LA SAISON

- alors que de nombreux artistes font de la reprise un art noble, celle du programme du FN par un certain Nicolas Sarkozy, produit par les principales majors du CAC40, me laisse froid. On aurait volontiers laissé ce disque traîner au fond d’un bac à soldes

- les courses de Zazie dans le supermarché

- l’étrange silence de Radiohead au moment de la sortie du (réussi) In Rainbows (en mp3s à l’encodage quand même limite), n’annonçant que très tardivement la sortie dudit album sur un support traditionnel. Savante opération marketing ? Manque de courage ? Belle opportunité de se remplir les poches ?

- le rapport Olivennes, aussi objectif et constructif qu’un rapport de St Josse sur les espèces en voie de disparition ou qu’un pamphlet de GW Bush sur le créationnisme.

LA BANETTE

Celui qui boit trop mais qui fait bien

Bowerbirds (Olive Hearts) :

Cheers to the wives of the drunks.

Cheers to the husbands that tag along for good luck.

Cheers to the miles it took to get here.

Cheers to the the nerve it takes to forget who we are

Celle qui ne sait plus très bien si elle doit regretter son adolescence

Feist (1234) :

Oh teenage hopes are lying at your door

Left you with nothing

But they wanted more.

Celle dont la voix est insubmersible

Essie Jain (Glory) :

How I will rise up from the waters where I’ve drowned

You will know me

You will see

Your face will light up from the glory that it’s found

Celui qui fait semblant de ne pas faire de politique

The National (Fake Empire) :

Turn the light out say goodnight

No thinking for a little while

Lets not try to figure out everything at once

It’s hard to keep track of you falling through the sky

We’re half-awake in a fake empire

Celui qui fait encore moins bien semblant de ne pas faire de politique

Andrew Bird (Plasticities) :

We’ll fight, we’ll fight, we’ll fight

For your music halls and dying cities

They’ll fight, they’ll fight, they’ll fight

For your neural walls and plasticities

And precious territory

Celui qui pose ses conditions

Okkervil River (Unless It’s Kicks) :

Unless it’s fiction

Unless it’s sweat or it’s songs

(…)

Unless it’s licks, man

Unless it’s lies or it’s love

Celui pour qui ça a pas l’air facile

The Woods (Be Still) :

I know it’s late

And I should be awake

(…)

It’s not that easy to live like I do

Running around like some kid on helium

Celui qui fait de l’urbanisme très développement durable

Jonquil (Lions) :

And all the towns we build

We build them so

So the lions could escape

So they could roam

Celui dont les intentions sont louables mais bon

Scroobious Pip vs Dan le Sac (Thou Shalt Always Kill)

Thou shalt not use poetry, art or music to get into girls’ pants

Fichtre, que 2007 c’était bien.