La Blogothèque

Un panier de reprises

Vous n’aviez pas écouté un morceau de musique depuis des mois, et voilà que soudainement il vous semble l’entendre partout. Vous n’aviez pas posé vos oreilles sur quoi que ce soit d’excitant depuis quelques jours, et voilà que cinq, six morceaux arrivent, que ce sont tous des reprises. Appelons donc cela des conjonctions heureuses, et laissons nous porter, qu’elles soient neuves ou vieilles.

Daniel RossenToo little, too late

(Reprise de Jojo )

C’est au départ un cadeau d’anniversaire fait par Daniel Rossen, de Grizzly Bear, à Edward Droste, du même groupe. Ce dernier l’a posté sur le site de Grizzly Bear, elle a aussitôt fait le tour des blogs. Normal, elle est fabuleuse. L’original est une soupe misérable pour adolescentes cheerleaders, voix masquée par les effets, production lourde, mais refrain accrocheur. Rossen l’a foutue à poil, et l’a réhabillée de tout ce qu’on aime dans sa musique, une musique à la fois légère et riche, avec des vapeurs de voix, des dentelles de guitare, des harmonies en apesanteur, et une mélodie qui n’en sort que renforcée. Comme quoi, en enlevant la boue, quelquefois…

Norman PalmBoys Don’t Cry

(Reprise de The Cure )

On avait brièvement évoqué Norman Palm dans un Vide-poches. Le Berlinois revient avec un EP de deux reprises. Du Cindy Lauper et du Cure. Et un Boys don’t cry très mignon. L’exercice est facile, ralentir et éplucher une chanson connue, vite fait bien fait. Mais la voix nasillarde et discrète de Palm, la façon dont il fait pause, prend son temps sur le refrain, la trompette en cornet… elle est délicieuse.

Bodies of waterEverybody hurts

(Reprise de R.E.M. )

Il me sera difficile d’être vraiment objectif tant j’aime les Bodies of Water. Mais même en étant le plus juste possible, je ne peux m’empêcher de penser qu’ils ont réussi une belle prouesse en reprenant un morceau si magnifique, connu et dépouillé que cela ressemblait à mission impossible. Une intro grandiloquente comme pour expurger et éviter d’en faire trop par la suite, qui revient discrètement par la suite. En fait un morceau purement Bodies of Water, avec choeurs, ambition, démesure, mais comme posé dans du coton pour préserver la pureté originale.

Sonic YouthSuperstar

(Reprise des Carpenters )

Je prends le risque de me faire tancer par les puristes qui m’expliqueront que ce morceau existe depuis des lustres, mais voilà, je viens de le découvrir sur The Playlist, qui parle de la bande son de Juno , le nouveau film indépendant américain que tout le monde va s’arracher. On est ici comme dans Bodies of Water : un groupe qui pourrait tout arracher, mais qui fait comme s’il ne fallait rien abîmer, et adapte sa violence pour qu’elle ne brise pas les lignes claires de la chanson originale, et réussit à mettre réverbération et saturation au service d’une mélancolie. Jamais Superstar n’avait semblé aussi triste, et touchante.

Sexton BlakeBette Davies Eyes

(Reprise de Kim Carnes )

Sexton Blake a sorti cette année un album fait uniquement de reprises de tubes eighties. Mais de bons tubes. C’est ce qui est si plaisant dans ce Bettie Davies Eyes (découvert dans un podcast de Catbirdseat) : il nous rappelle que cette chanson était bonne, malgré tout. (Ils ont aussi repris Hungry Heart, c’est bien plus cheesy).

M. Ward et Zooey Deschanel – Bring it on home to me

(Reprise de Sam Cooke )

The Playlist, encore lui, nous apprend que M. Ward a tellement aimé travailler avec l’actrice Zooey Deschanel sur la bande son de The Go Getter qu’ils vont enregistrer un album ensemble. Sur KEXP, ils ont repris ce morceau de Sam Cooke, et M. Ward semble s’amuser, ce qui est assez rare pour être souligné. (Ils ont aussi repris ensemble un morceau de Richard et Linda Thompson).

Britt Daniel (Spoon) – Bring it on home to me

(Reprise de Sam Cooke )

Certes, on pourra toujours dire que Sam Cooke n’avait lui pas besoin d’overdubs pour nous faire tressauter les vertèbres mais il est évident que la voix de Spoon a toujours eu un groove intriguant. Là où M Ward et sa copine Zooey ne retiennent de la chanson que la complainte, Britt Daniel prend des chemins moins directs. Au début, c’est peut-être sa version qui s’approche le plus de ce que Sam Cooke faisait : une version indie d’un gospel profane, tout dans la voix, une instrumentation minimale et même si le Texan n’arrive pas à se mettre à poil comme le Sam Cooke en ébullition de la version Live at Harlem, il y a quelque chose d’étrangement lancinant dans son interprétation. Un peu à l’image des belles guitares hésitantes et incomplètes qui l’accompagnent ensuite.

Cette reprise figure sur Bridging The Gap, une excellente compilation vendue au bénéfice de [P:ear-> www.pearmentor.org], une association de réinsertion de Portland.