La Blogothèque

Transformers

Le cliché est facile mais il a la peau dure : dans le paysage des festivals français, les Transmusicales de Rennes fait office de résistant. Une sorte de bastion réservé aux découvertes enthousiasmantes, aux brassages casse-gueule, un vrai bras d’honneur adressé aux obligations de rentabilité et à la frilosité quasi-générale. Il suffit de jeter un œil sur la programmation de la prochaine et 29e édition (attention : navigateur insupportable). Après avoir mis en avant lors des dernières années des têtes d’affiche comme les Beastie Boys (glop) ou les Fugees (pas glop), Rennes repart dans le maquis pour jouer un rôle quasi-suicidaire de défricheur – par rapport, la Route du Rock ressemblerait presque à une grosse voiture-balai sans imagination.

Cette année, aucune figure de proue ou tête de gondole (la mignonnette Kate Nash pèse lourd en Angleterre mais en France moins que les Rose, Daphné et autres préposées aux robinets tièdes), quelques artistes confirmés aux prestations attendues avec fébrilité (Von Südenfeld avec Mark E.Smith) curiosité (la rencontre dub d’U-Roy et du Love Trio), fourmis dans les jambes (Superdiscount, Simian Mobile Disco, Modeselektor, le saxophoniste éthiopien Getatchew Mekuria avec The Ex) ou effroi (le set de Mixhell avec le batteur de Sepultura). Et puis il y a les autres, les quasi-inconnus qui rythmeront l’année 2008 ou disparaîtront sans gloire, les improbables hommes-orchestre, les groupes avec deux ou cent concerts au compteur, ceux qui vont débarquer devant des milliers de festivaliers en montée éthylique et s’en souviendront toute leur vie. S’il est impossible d’avoir à l’avance ses repères dans cette jungle touffue à où post-punk anglais, folklore grec, troupes funk de la Nouvelle Orléans ou DJs suisses pousseront chacun de leur côté, on peut tenter quelques paris sur celles et ceux qui auront une vie après les Trans (grâce aux Trans ?). La vraie question est de savoir qui va réchauffer le public rennais (un des meilleurs du monde, curieux jusqu’à l’ivresse). Car il ne faut pas oublier que la majorité des concerts a lieu en dehors de la ville dans un endroit qui, malgré tous les efforts entrepris, reste un foutu parc des expositions.

Santogold

Le 8 décembre au Hall 4 du Parc des Expos

Sur la foi d’un premier maxi à deux dimensions (pop synthétique et breakbeat ragga hop), I Believe In Santogold , la chanteuse Santi White est candidate au titre de révélation féminine. Mi-diva mi-gangsta, elle mixe dans sa bouche mélodies et groove urbain, drague crade et grâce. Cette cousine arty de M.I.A. prépare un album pour lequel le gratin des producteurs de beats undeground (Diplo, Freq Nasty, Disco D, Spank Rock) semble prêt à se battre. Faut voir si la « belle » est digne de la baston.

“L.E.S Artistes” en MP3.

“Creator” en MP3.


The Ting Tings

Le 8 décembre au Hall 8 Parc des Expos

Un nom idiot, une configuration contraire à celle des White Stripes : Katie, jolie môme blonde à la guitare et au micro avec Jules à la batterie. Le premier single de ces Anglais, “That’s Not My Name” respire habilement l’air du temps, pas loin de The Gossip ou CSS. Si le reste de leur répertoire s’avère aussi entraînant, The Ting Tings pourra marquer les Trans comme le festival de Reading l’été dernier (sur la scène découverte quand même, faut pas exagérer). Pour l’instant, pas d’album à l’horizon mais ça devrait se décanter.

“That’s Not My Name” en MP3


Tunng with Buck 65 & Serafina Steer

Du 5 au 8 décembre à l’Aire Libre

La résidence à l’Aire Libre (salle de théâtre à l’acoustique impeccable à rallier par navette), quatre soirs durant constitue un événement par son côté collectif. Qu’attendre de la rencontre entre Tunng, version machines des groupes folk rock des 70’s, le rappeur néo-blues Buck 65 et la chanteuse-harpiste Serafina Steer ? De la folie, du folk, des bleeps, pratiquement n’importe quoi en fait. Si Tunng est à l’origine de cette collaboration (le délicat Good Arrows des Anglais devrait lui servir de squelette), son résultat restera une énigme jusqu’à la première. Attention, pour cette série de concerts, le nombre de places est limité et il faut arriver à l’heure !

“Take” de Tunng en MP3

“Cheap Demo Bad Science” de Serafina Steer en MP3.


The Heavy

Le 6 décembre au Hall 3 du Parc des Expos

Imaginez un jeune Curtis Mayfield avec en backing band des freluquets fans du MC 5 ou les rejetons anglais de Funkadelic qui se mettent au garage funk. Oui, The Heavy fait naître de puissantes visions groovy et anachroniques (y a même Hendrix en guest) qui nous font avaler sans problème les soli de guitare esquissés. Leur concert, s’il ne vire pas à la cacophonie fusion ou au revival trop référencé, virera à l’humide bacchanale.

“That Kind Of Man” de The Heavy en MP3.


The Dø

Le 6 décembre au Hall 3 du Parc des Expos

Avouons le sans honte : on prend peu de risques avec le groupe franco-finlandais, promis depuis une synchronisation publicitaire et un buzz-à-oreille réel, à une grosse exposition début 2008. Sauf accident ou sabotage (peau de banane déposée par des jaloux sur le chemin de la scène, galette piégée), The Dø, après plusieurs mois de rodage, une Maroquinerie parisienne deux jours avant, va s’imposer en trio (avec la charmante Olivia en figure de proue) pour leur premier « gros » concert. Mi-janvier, la sortie d’A mouthful , pantagruélique premier album qui lorgne du côté du folk mais aussi du hip hop (avec fanfare), du swing manouche louche ou de l’écriture cinématographique, devrait faire son petit effet. Au minimum.

“At Last” de The Dø en MP3.