La Blogothèque

Le cadavre de Matamore

L’idée était simple : réaliser une compilation sous forme de cadavre exquis où chaque participant choisirait un morceau en ne connaissant que le choix de son prédécesseur. Exercice de rebonds et d’associations d’idées, de mots, de sens, de notes, d’impressions. Un exercice ludique auquel les membres de Matamore se sont livrés avec enthousiasme, réalisant par touches successives une compile étrange, objet projectif particulier mêlant confession et retenue, légèreté et sérieux. Un objet qui nous resnd chacun de ses contributeurs plus intimes et plus complexe à la fois, épaississant encore un peu plus le mystère. Une compilation qui nous en dit autant sur le label que sur chacun de ses artistes. Bonne écoute.


Téléchargez la compilation ‘Le Cadavre de Matamore’ (lien alternatif) (.rar)

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01 / FLOP, La France

- Michael Bianchi, Dada Pâte :

«Je commence la série par un petit clin d’oeil de Flop

J’aime beaucoup ce gars là, ça c’est une chanson légère attrapée au vol sur le site de son label (Les disques Bien)

Mais en fait c’est un jongleur de mots incroyable et un musicien qui fait plein d’expériences drôles. Un gars bien, quoi

Donc, j’enclenche sur une chanson doucement politique,

on verra ou ça nous mène…

»



02 / IMPOSTOR , Daily Destructs (Past Parts)

- Sébastien Biset, Sepia Hours :

«En principe, un cadavre exquis consiste à participer d’une construction globale et collective, sans que chaque intervenant ne puisse tenir compte de la collaboration (choix) précédente. Il opère donc à l’aveugle, réorientant le tir du projet sans savoir d’où il partait. Dans le cas de cette compilation, ce principe n’est pas de mise. Il s’agit en fait d’autre chose. Il ne s’agit pas non plus d’une simple ‘playlist’ collective. Ici, ce qui est en jeu, c’est un jeu de rebonds, un enchaînement, une association libre (cette faculté de l’esprit de faire s’enchaîner, souvent inconsciemment, des idées, selon les principes freudiens de la condensation et du déplacement).

Au premier morceau clamant avec douceur cette envie d’abolir la France, j’ai souhaité faire suivre une impression musicale (esthétique, aspect plus formel) et une réaction cognitive (de l’ordre du concept). A l’enregistrement propre, à l’instrumentation délicate, soignée et aseptisée du premier morceau, je propose de réaliser le souhait d’abolition préconisé par le chant. Comme cette chanson s’intitule La France , et que le texte en vient à signaler “Je ne vois pas très bien l’intérêt de la France “, je me suis dit qu’il était bon de prendre ce propos à la lettre, en faisant suivre à cette piste une pièce contrastant totalement avec ce type formel de musique à texte, de format court, délectable et raffiné. Pour détruire “la France ” – ce premier morceau, donc -, acte donnant suite au projet, je propose Daily Destruct (past parts) , d’Impostor. Destruction positive, rythmique primaire, salissure, samples, recouvrement, répétition, bruit, agression contre le code qui structure le message et, malgré tout, composition, construction, mélodies, sensations… donc geste positif. Fidèle à mon image d’‘anomalie’ assumée au sein du label, ma proposition ne pouvait que, elle aussi, faire figure de grain de sable venant, mine de rien, enrayer la machine. Comprenez que jamais il ne s’agit de réaction négative et nihiliste. A chaque fois, l’anomalie, l’accident, permet de refaire le point. C’est un principe d’alternance, pour ne pas perdre de vue le fait que la musique, fondamentalement, reste davantage liée à l’affect, à l’expression et à la singularité, plutôt qu’à des considérations purement formelles ou de l’ordre du consensus. D’où mon intérêt de faire référence, au sein de cette association libre, à un titre alliant, à mon sens, sensation et cognition.»



03 / CLAUDE DEBUSSY , Berceuse Héroïque

- Boris Gronemberger, [V.O.-> http://www.myspace.com/voband] :

«Il s’agit d’une étude pour piano de Debussy, qui s’appelle Berceuse Héroïque . Je l’ai choisie car Debussy est un compositeur qui m’influence beaucoup. J’aime la manière dont il met l’imagerie en avant au travers de sa musique qui en devient presque cinématographique. C’est une démarche qui est très présente dans mon travail et, selon moi , au sein des autres groupes de chez Matamore.

Et en plus, pour la touche d’humour, il y a une citation musicale qui, je pense, est très appropriée par rapport à l’actualité de “notre” pays.»



04 / THE HONEYMOON KILLERS , Décollage

- Maxime Lê Hùng, Matamore / Some Tweetlove / Moufle :

«- 1977 : Sortie du premier album “Spécial Manubre ! “, sur lequel figure notamment une reprise foutraque de La Brabançonne “.

- 1981 : Sortie du second album “Les Tueurs de la Lune de Miel “, très certainement le meilleur album belge de tous les temps, qu’on se le dise. A lire

»



05 / AIR MIAMI , World Cup Fever

- Aurélie Muller, Soy Un Caballo :

«Comment j’en suis arrivée là :

“décollage” -> avion -> “air miami” -> “mark robinson” + “grenadine” + “true love always” + “flin flon” , groupes irréprochables du label “teenbeat

“the honeymoon killers” = les tueurs de lune de miel -> les matchs de foot -> “world cup fever” -> les musiciens fans de foot (soupir)»



06 / PALITO ORTEGA , La Felicidad

- Christian Nolf, Raymondo :

«Quel souvenir qu’Air Miami, les nineties en pleine figure ! Un de ces disques qui doit prendre la poussière dans l’étagère, mais je me dis que çà a assez bien vieilli. World cup fever n’était pas ma préférée de l’album, plutôt Bubble Shield .

Puis me rappelle avoir découvert Unrest, le groupe précédent d’une partie du line-up, avec des morceaux tout aussi ciselés mais avec un côté moins de grenadine…

Alors à quoi lier ce morceau?

Air miamiMiami ViceIn the Air Tonight , chanson de légende de phil collins pour son roulement de batterie, mais à la réécoute, on l’a trop entendu, ce morceau…

En fait, le phrasé de world cup fever, avec ses “I – I – I – I” et ses “She – She – She – …” me fait penser à une chanson entendue jouée il y a quelques semaines dans les couloirs du métro de Barcelone où je suis pour le moment: “la felicidad – A – A – A – A” qui mettait vraiment la joie au coeur à tous les passants, et qui m’est restée en tête plusieurs jours ! Petite recherche, il s’agit d’un morceau de Palito Ortega 1967.»



07 / JULIE LONDON , June in January

- Valérie Leclercq, Half Asleep :

«Mes connaissances de la langue de Goya approchant le degré zéro, je vais pouvoir avouer sans honte n’avoir compris que deux mots de la chanson de Palito Ortega choisie par mon collègue de label : felicidad et amor. Amour et bonheur… mouais. Je réfléchis. Puis un jour je trouve : voilà, en ce qui me concerne, ce sera la chanson June in January , interprétée par Julie London. Parce que Julie London, c’est une des premières à m’avoir mise de bonne humeur. Et puis, quand on clame qu’on est heureux en janvier parce qu’on est niais et amoureux comme en été, on ne peut pas être une mauvaise personne. De plus, la description me convient bien. Et puis, dans ma chanson, y’a aussi des trompettes.»



08 / HENRY MANCINI , The Days Of Wine And Roses

- Thomas Van Cottom, Soy Un Caballo :