La Blogothèque

Le roi et l’oiseau

Andrew Bird au festival des Inrocks (Olympia) – 12/11/07

Longtemps il aura eu du mal à transcrire son univers sur scène. Andrew Bird, en mélodiste aussi inventif qu’un Sufjan Stevens dopé aux corticoides, trace sa route, en apparence imperturbable. En apparence seulement, car d’album en album, le violoniste ose de plus en plus, dévidant une pelote de sons et de lignes mélodiques toujours plus riches, toujours plus complexes et alambiqués en contrepoint d’une écriture taillée et retaillée. Si la recette fonctionnait déjà très bien sur The Mysterious Production of Eggs , elle atteint sur Armchair Apocryphia des sommets vertigineux. Des sommets cachés, des sommets qu’il faut conquérir, dont il faut comprendre les pentes accidentées – notre homme n’a jamais donné dans l’accessible, mais des sommets tout de même. Un album de pépites, mais dont je me demandais de quel éclat elles brilleraient sur scène. Il faut dire que la transition à la scène n’a dans ce cas rien d’évident et que les précédents se sont parfois avérés pour le moins difficiles.

Pourtant, c’est dans les pires des conditions – un set de festival d’un peu plus de 40 minutes – qu’on le voit enfin donner une interprétation enfin à la hauteur. Andrew Bird ne vend (étonnament – le monde est mal fait) pas assez de disques pour emmener avec lui sur les routes un orchestre taillé pour ses compositions, mais il a sur cette tournée emmené avec lui en plus de son habituel batteur/sampleur un bassiste/guitariste. C’est peut-être cet unique changement, d’ailleurs qui fait tout : son set ne repose plus uniquement sur le sample. Et on aura ainsi rarement vu notre homme aussi libéré, aussi plein de ses chansons, aussi sûr de son fait. Détaché de contingences matérielles, libéré du trop plein de répétitions mécaniques qui coupaient autrefois ses élans.

Vic Chesnutt & A Silver Mt. Zion à la Cigale – 13/11/07

À la sortie de la prestation monumentale de Vic Chesnutt et des musiciens du Silver Mt. Zion qui l’accompagnent, un indicible et pourtant bien réel regret : l’album – aussi bon et puissant soit-il, aussi fort qu’on puisse se le passer – n’approchera jamais réellement ce qu’on vient de vivre. Un ouragan. Les vents hurlant et le calme trop parfait qui leur succède, des bourrasques qui nous arrachent littéralement à nous-même, avec violence, mais qui nous reposent ensuite au sol tout en douceur, avec gentillesse presque. Je ne sais si la maîtrise des nuances est un art, une science, un don ou un difficile artisanat : toujours est-il que cette bande s’est bien trouvée sur ce terrain-là.

Aux guitares des Canadiens qui savent faire tomber la foudre mais aussi soulever les feuilles avec la plus infime délicatesse répond la voix de Vic Chesnutt elle-même, qui semble capable de contenir dans une seule et même note torpeur et douceur, rage et tendresse. Les chansons sublimes de North Star Deserter y passent toutes, agencées avec soin, avant que le groupe n’entame en rappel une reprise du “Ruby Tuesday” des Stones et démontre ainsi que même une ballade du supergroupe le plus superficiel de l’histoire peut avoir de la substance.

Et alors que le batteur fait osciller tout le monde, de caresses en coup d’éclats, on se dit qu’il y a définitivement quelque chose de miraculeux, de magique, à voir des musiciens interpréter leurs chansons de manière aussi parfaite, aussi méticuleuse, aussi précise et en même temps aussi spontanée. Comme si chacune des plus petites notes jouées ce soir là avaient un sens, une évidence. Mieux : une histoire.