La Blogothèque

flow with me

N’allez pas me faire dire ce que je n’ai pas dit : j’aime bien Menomena. Oui, je les aime bien , comme dans “je t’aime bien mais …”. Je ne suis pas fou amoureux, en résumé, malgré les deux ou trois très bonnes chansons présentes sur leur Wet & Rusting . Même si leur Concert à Emporter (pour ceux qui l’auraient raté) est l’un de mes préférés, complètement enchanté par la présence fabuleuse de deux bébés danseurs.

Rien chez Menomena ne m’avait préparé à Lackthereof, le side project au long cours de l’un de ses membres. Rien dans Menomena ne dit la pesanteur imparfaite et étouffante de “The Columbia”. Une chanson qui est comme un hymne pour une génération d’adolescents attardés, échoués sur les berges, regardant passer des trains dans lesquels ils ne monteront pas, rêvant d’ailleurs, un ailleurs qu’ils n’auront jamais la force ou le courage d’aller voir mais où ils espèrent que quelqu’un les emmènera. Ne serait-ce qu’en chanson, ne serait-ce que pour quelques minutes. Simplement parce que la fatigue et le désarroi donnent forcément un peu de mérite.

Il y a comme un air de parenté, dans cette répétition un peu hallucinée qui semble oblitérer peu à peu les perspectives et nous étouffer au fur et à mesure, avec le “Something In The Way” de feu Nirvana. Mais là où Kurt Cobain n’était que souffrance, il y a ici une deuxième voix, un souffle un rien plus léger, dont l’écho est comme une promesse, une ouverture, la possibilité d’un départ. Même si au final il s’agit plus de se laisser glisser jusqu’au sommeil en se racontant des histoires, en s’inventant des projets, des envies, en présumant de ses forces. Une chanson qui est comme un manteau dans lequel on s’enroule pour dormir, dans le froid et dans la grisaille, en se disant que demain on changera tout ça. Demain, on se laissera porter par le courant.

- Lackthereof

- The Columbia en mp3

- Every Kind Word @ Pitchfork

- Photo par Aurélia Frey