La Blogothèque

Guruhark, baltic rock

Tallinn à l’été 2001, à la recherche de ce qui se faisait de mieux en rock estonien. Guruhark , prononcé avec un impitoyable et guttural accent balte, avait été la réponse ferme et péremptoire d’un disquaire local, “Inutile d’ouvrir le CD ici, vous apprécierez chez vous “. Et au déballage, l’impression désagréable d’un joli foutage de gueule, le touriste renvoyé dans ses pénates avec un invendu invendable, une bonne vieille autoproduction refourguée sans scrupule et une manière bien peu courtoise de faire baisser le stock au détriment de l’honnête consommateur peu récompensé des kilomètres parcourus…

Ainsi, “Saba Ja Sarved “, premier album en rock brouillon et sale, terriblement amateur, moche et primaire, presque inaudible dans les pistes live ajoutées sans vergogne, improvisé visiblement et forcément répétitif… mais devenu rapidement indispensable par bribes, fulgurances ponctuelles et étranges audaces. “Puerilne ” en liminaire séduction, les guitares frondeuses en échos, l’impression d’urgence et la volonté de ne rien copier de trop occidental ni de se cantonner aux “spécialités locales” (le rock progressif poussif et le métal dans toutes ses déclinaisons). Guruhark est punk, mais punk lettré, nourri d’influences indés ou noisy, capable d’éructer (“Pikalt “) comme de prendre son pied en chant mixte et frondeur (l’imprononçable mais amusant “Öäöü “). Le disque en devient attachant dans ses défauts et fait un malheur dans les blind tests improbables…

Le coup d’essai semble hélas pourtant devoir rester sans suite, événements singuliers ou tragiques en briseurs de futur, un leader qui s’exile pour aller vainement œuvrer à la batterie chez les (inécoutables) anarchistes parisiens Les Anges Détraqués et une mutine chanteuse qui décède dans un accident de la route.

Abandon des espoirs jusqu’au “Saepuru Ja Giboaboa ” de 2007, Guruhark en line-up renouvelé, mais en dilettantisme intact. Un peu plus de soin dans la réalisation et les arrangements, une attitude plus posée certes, mais une propension toujours remarquable à saloper le boulot d’exception comme à se complaire dans la redite. Car Guruhark, c’est le recyclage permanent, l’autocitation, l’idée unique resservie à volonté, une seule chanson déclinée à l’envi, travestie savamment ou refilée sans égards ni précautions. La cohérence est subséquemment évidente et les guitares de “Hüvastijätt ” ou “Ööpäev ” (des singles potentiels) se font soudain moins viriles, presque féminines et caressantes. Le chant en estonien ne surprend plus et l’on s’accommode bien de cette noisy pop balte inédite, rassurante et totalement assumée. Une fraicheur de sons et d’approche déconcertante de prime abord, intrigante à l’essai mais séduisante à la longue, Guruhark ne s’écoutera que par égarements, envies de rock non formaté, issu de rien et de nulle part.

Aux dernières nouvelles, les Guruhark vivent à la campagne près de la frontière russe et bâtissent leur propre studio dans une ancienne ferme, promesses peut-être de prochains disques encore plus agréablement souillons…