- Paul Mc Cartney au téléphone – Extraits audio
- Le téléphone sonne : « Bonjour, c’est Paul McCartney! » Et après ?
Lilou raconte toute l’histoire (en Anglais)
Vous revenez à Paris pour donner un concert à l’Olympia. Quand êtes-vous venu à Paris pour la première fois ?
La première fois que je suis venu à Paris, c’était peu après le 21è anniversaire de John Lennon. Une tante qui vivait en Ecosse lui avait offert ce que nous considérions comme une très grosse somme d’argent, 100 livres sterling (150 euros). On a décidé d’utiliser cet argent pour partir en vacances et faire du stop. On devait seulement passer une nuit à Paris et continuer vers l’Espagne mais la ville nous a trop plu donc on est restés une semaine. On était là, à traîner dans Montmartre, deux types complètement inconnus qui demandaient aux prostituées si elles savaient comment trouver un hôtel, « avez-vous une hôtel pour la nuit? » Malheureusement, elles n’en avaient aucune idée. (rires)
Ce qui nous séduisait, c’était l’attitude française. La mode était intéressante parce que c’était l’époque de Juliette Gréco, Françoise Hardy et tout le trip bohémien qui nous plaisait pas mal, et on était complètement dingues de Juliette Gréco ! Bien sûr il y avait aussi Brigitte Bardot, qu’on idolâtrait complètement.
Jouer à l’Olympia, c’était comment ?
On n’était pas habitués à une salle comme l’Olympia, on n’avait jamais vu autant de mecs dans le public. En temps normal, c’était principalement des filles, et quelques garçons, mais à Paris il y avait surtout des garçons. Les policiers les frappaient avec des matraques, et nous pensions qu’ils y allaient un peu fort. Nous on était habitués à voir tout le monde sauter partout, crier, hurler, et on trouvait ça normal, mais apparemment les policiers voyaient plutôt ça comme une insurrection.
On partageait l’affiche avec Sylvie Vartan qui était vraiment charmante mais avec qui on ne trainait pas beaucoup. Elle ne nous a pas non plus invités chez elle, je ne sais pas pourquoi Sylvie, pourtant ça nous aurait vraiment plu ! (rires) On a aussi rencontré Johnny Hallyday et Vince Taylor, ce genre de personnes.
Je n’avais pas vraiment réalisé l’importance de Bruno Coquatrix, je pensais simplement « il a son nom écrit en gros sur la façade de l’Olympia, donc ce doit être quelqu’un d’important ». Je trouve ça intéressant d’y retourner maintenant, avec un nouveau sens de l’histoire, une fois qu’on réalise quel genre d’endroit c’est, l’association avec Edith Piaf etc.
La chanson « Michelle » a été d’ailleurs pas mal influencée par « Milord » d’Edith Piaf, un gros succès en Angleterre. J’avais un très bon camarade de classe dont la femme enseignait le français, et à qui j’ai demandé « Qu’est-ce qui rime avec Michelle ? », elle m’a dit « Belle ? » et m’a aidé pour le reste des paroles en français.
Quand avez-vous pris conscience que vous développiez votre propre style, plutôt que de vous laisser influencer par vos ainés ou vos contemporains ?
Nos grands héros étaient américains : Elvis, Little Richard, Jerry Lee Lewis, Buddy Holly, Fats Domino, et plus tard, Motown pour la créativité, leur imagination. Bob Dylan a aussi été une très grosse influence et continue de l’être. Je respecte beaucoup Boby Dylan et l’admire énormément. Cela faisait quelques années qu’on écrivait quand on s’est rendu compte qu’on commençait à développer notre propre style. Pour moi le tournant a été « From Me To You », son côté direct (il commence à chanter “If there’s anything that you want, if there’s anything… » (S’il y a quoi que ce soit que tu désires, s’il y a quoi que ce soit…) mais après, vers le milieu de la chanson (il chante « I got arms that long to hold you ») et CET accord-là, juste après, était un peu plus élaboré que tout ce que nous avions écrit auparavant.
Vous avez quitté les Beatles à 28 ans. Comment avez vous surmonté la pression ?
Ce que j’ai fait à l’époque, c’est monter un nouveau groupe avec ma femme Linda. Nos efforts ont porté là-dessus et on a tout reconstruit à partir de rien. C’était particulièrement difficile parce qu’on faisait des choses dans l’ombre des Beatles. Mais de nos jours, cet aspect est à prendre en compte pour n’importe quel groupe, parce que les Beatles ont produit tellement de morceaux géniaux qu’il est difficile de faire mieux. Mais pour moi il était juste question de remonter un groupe, et vers le milieu des années 70, les Wings était devenu assez bons.
Les médias se sont développés de façon exponentielle et leur pouvoir semble illimité. Comment gérez-vous ce rapport ?
Je me suis toujours conduit de la même manière. Je m’entends assez bien avec les journalistes, non, vraiment, comparé à d’autres je m’en tire plutôt pas mal. Et quand ce n’est pas le cas, j’essaie de le prendre avec philosophie. Il m’est impossible d’aller voir chaque personne dans la rue et de leur dire « Ecoutez, c’est complètement faux ce qu’on dit », à moins de vouloir régler mes comptes dans les journaux. Mais je n’ai aucun moyen de stopper la presse toute-puissante ; c’est comme une avalanche et moi je ne suis qu’un type avec une pelle, et ça prend un temps monstrueux de tout déblayer. Je laisse faire, en ayant bon espoir que la vérité éclate un jour.
Paul McCartney est presque un concept aujourd’hui, qui signifie tellement de choses différentes selon les gens. On parle de vous comme d’une « institution britannique ». Comment réconciliez-vous cela avec votre propre personne ?
Dans un sens, je pense à Paul McCartney comme à « lui ». Je sais bien que c’est moi, mais il y a une partie de moi qui est très secrète, peut-être encore plus secrète que si je n’étais pas Paul McCartney. Je sais que j’ai besoin d’un équilibre pour rester raisonnable. J’ai un certain nombre d’amis avec qui je me conduis de façon complètement ordinaire. Si je retourne voir ma famille à Liverpool, je suis aussi ordinaire que je l’ai toujours été. Ça en devient même agaçant en fait, « T’as oublié à quel point je suis célèbre ? – Oh ferme-la, Paul ! ». Bon, pas vraiment, je plaisante. Mais j’ai la chance d’avoir beaucoup de gens qui m’aident à garder les pieds sur terre, et je crois que c’est la clé. Ceci dit, je vois exactement de quoi vous voulez parler, il y a des matins où je me réveille en me disant « Mon Dieu, est-ce que c’est vraiment moi ce type ? Est-ce qu’on habite dans le même corps ? » C’est assez étrange, mais je pense que tous les gens célèbres ressentent ça, ça fait partie du jeu. Vous devenez deux personnes différentes et il est important de les dissocier. J’essaie de garder séparés mon personnage public et moi. J’y travaille beaucoup. Donc si je suis en train de manger dans un restaurant et que quelqu’un vient me demander un autographe, il est possible que je lui dise « Ecoutez, c’est un moment privilégié pour moi, je suis vraiment désolé, j’espère que vous comprenez » et la plupart des gens comprennent. Une fois qu’ils ont compris que vous voulez être un type ordinaire, ils sont très sympas, ils comprennent l’intimité parce que c’est quelque chose dont eux aussi ont besoin. Finalement, ça n’est pas aussi difficile que ça en a l’air.
Paul McCartney, c’est aussi une signature musicale. Comment faites-vous pour ne pas vous sentir prisonnier de votre style ?
Par exemple : Memory Almost Full débute par un morceau de mandoline (« Dance Tonight »). J’ai acheté cet instrument dans mon magasin de guitares préféré, celui où je vais à chaque fois à Londres. J’ai donc acheté cette mandoline mais pour moi c’était comme un violon, ça n’a pas le même accordement qu’une guitare, donc je ne connaissais aucun accord. Ça m’a ramené à mes 16 ans, quand j’essayais de comprendre les accords d’une guitare et c’est un sentiment très vivifiant. C’est ma façon de faire, il y a des choses qui me ressemblent, d’autres qui sont différentes, mais j’espère que c’est assez varié pour ne pas qu’on m’enferme dans une case.
Avez vous déjà essayé de décortiquer la magie qui a présidé à l’écriture des morceaux Lennon/McCartney ? Pourquoi cela marchait-il si bien ?
La réponse la plus simple c’est qu’on était tous les deux très bons. Ça n’est pas très modeste, mais je pense qu’avec le recul je peux le dire, parce que de toute façon ce n’est plus à remettre en question. La plupart des chansons du début on les écrivait ensemble, jusqu’à « She Loves You », et « I Wanna Hold Your Hand ».
Mais après, j’ai écrit « Eleanor Rigby » tout seul et il a fait « Nowhere Man » tout seul. La raison c’est simplement qu’on habitait plus ensemble. C’était physique. Au début, on partageait les chambres d’hôtel, et c’est là qu’on écrivait beaucoup. Quand les Beatles se sont séparés, bien qu’ayant chacun perdu un partenaire d’écriture, ça n’était pas si difficile puisqu’on était habitués à écrire chacun de notre côté.
Même si on travaillait séparément, on venait presque à chaque fois montrer à l’autre la chanson qu’on venait de composer avant de l’enregistrer. Je me souviens avoir amené « Paperback Writer » à John, et je l’avais vraiment terminée. Je lui ai juste lu les paroles, qui reprenaient la forme d’une lettre adressée par un jeune écrivain à une maison d’édition, « Dear Sir or Madam as the case may be.. » J’ai tout lu à voix haute et John a dit « Génial, fantastique ». Et c’est *ça* qui parfois est très important dans une collaboration, d’avoir quelqu’un qui est d’accord pour dire que c’est terminé. Je le faisais aussi pour lui. Parfois il y avait des petites choses à revoir, un vers en plus à écrire et alors on s’asseyait encore. Mais on avait de la chance, on a jamais eu de panne sèche lors d’une séance d’écriture. C’est assez incroyable quand on y pense.
Avez vous un secret d’écriture ? Besoin d’une pièce, d’une atmosphère ?
S’éloigner parfois, dans la pièce où il y a le piano, ou prendre une guitare si on veut être encore plus mobile. Et j’ai toujours eu la même méthode, qui est de me mettre à jouer de la guitare ou du piano, et voir où ça me mène. Il faut seulement avoir du flair, comme un lévrier, pour suivre les bonnes idées.
J’écris quand l’humeur me saisit, souvent quand je viens d’écrire un album, qu’il est terminé, dans les bacs, et que je l’ai joué sur scène. Je prends des vacances et je me dis « Il est temps de me remettre à écrire ». Ce qui est bien c’est que mes batteries ont pu se recharger, les idées reviennent et infusent de la période de non-activité. J’ai lu récemment « A Moveable Fast » de Hemingway, qui parle de ses expériences de jeune écrivain à Paris. Il dit cette chose avec laquelle je suis complètement d’accord : à la fin de la journée, il sortait du travail et il allait soit chez lui, soit dans un bar. Mais jamais il ne repensait à son histoire ou à ses personnages, alors qu’à la même époque, certains écrivains restaient debout toute la nuit à gamberger. Il pensait que c’était une bonne chose que de laisser tout ça de côté et y retourner le lendemain, pour donner aux idées le temps de se décanter. C’est une idée vraiment super, la façon dont notre subconscient fait le travail. Et il faut avoir la foi pour faire tout ça, mais j’y crois énormément.
La musique a toujours été ma passion, écouter, simplement. J’en ai parlé avec mes amis et nous sommes tous tombés d’accord, on a tous commencé en tant qu’auditeurs. Quand le rock’n'roll a fait irruption, sans vraiment savoir pourquoi, on s’est dit que nous aussi on pouvait le faire. C’était devenu possible. Une fois que je m’y suis mis, je suis devenu complètement accro, c’est comme une drogue, c’est très dur de s’en détacher. Il se produit quelque chose de tellement magique: on s’assoit, on n’a aucune idée de ce qu’il va se passer et soudain, tes idées se transforment en refrain, en accords et soudain voilà : tu as une réponse. Parfois une réponse aux problèmes que tu rencontres dans ta vie, parfois c’est simplement un bonus, tu as créé quelque chose de magique. Je le fais parce que j’aime ça. Je pense que c’est aussi une très bonne thérapie. Quand on passe par des moments difficiles, ce qui est le cas pour moi en ce moment, c’est vraiment génial de pouvoir s’évader avec la musique.
TRADUIT PAR SSKIZO
Le téléphone sonne: « Hi, this is Paul McCartney! » Que faites-vous? Récit d’une expérience hors du commun (en anglais)






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