La Blogothèque
Concerts à emporter
#66

Elvis Perkins

On a beaucoup entendu parler d’Elvis Perkins cet été. Son passage à la Route du Rock constituait un bel hameçon pour presse paresseuse : le garçon a une histoire assez riche, accrocheuse et anecdotique pour ne pas avoir à parler trop de sa musique, ni de celles des autres. Elvis Perkins est le fils de, son papa est mort de ça et sa maman à cet endroit précis, comprenez sa tristesse et son besoin d’écrire des chansons, fini.

Alors qu’Elvis Perkins est juste un jeune homme qui a des choses à raconter. Qui ouvre son premier album avec sa chanson la plus longue et peut-être la plus simple, While you were sleeping , qui ne cherche pas à inventer un chemin mélodique, se concentre de répéter comme inlassablement les intonations, en les gonflant un peu plus à chaque reprise, comme pour mieux souligner l’importance de ses paroles, de la façon don’t elles sont chantées. While you were sleeping est une chanson qui pourrait durer des heures, se dérouler à l’infini, d’histoire en histoire, et c’est ce que semble faire Perkins sur cette vidéo. Jamais on avait eu l’impression d’autant marcher en suivant un artiste, jamais on avait eu le sentiment de voir autre chose. Les paroles pourraient presque changer, nous raconter ce que nous croisons, cette colonne en cuivre vieille de siècles, ces devantures so chic, ces touristes mexicains, japonais, américains, auvergnats, ces bébés et ces quinquas en bermuda, Perkins qui a donné le pas regarde partout sans cesser de marcher, et Moon qui fait pause toutes les vingt secondes et retrouve l’Américain un peu plus loin.

Il m’arrive -rarement- de ne pas assister au tournage des Concerts à emporter. Et c’est une constante loi de Murphy, c’est souvent alors que Moon en ramène les souvenirs les plus fous. Je n’étais pas là pour le bain de foule juvénile et hystérique des Kooks, pour la marche apaisée et bienheureuse des Hidden Cameras, et je n’étais donc pas là, quand trois américains et un Français au chapeau ont pris d’assault les grands magasins. Moon en est revenu surexcité, de la magie plein les yeux, me parlant d’un Paris que nous fréquentons rarement, d’Opéra de Vendôme, du Printemps et des Galeries.

C’est une volonté, essayer d’être un peu plus fou, un peu plus sauvage, d’être un peu moins sage. C’est une timide volonté néanmoins, qui ne prend son élan qu’aidée par les groupes. Ecoutez Moon hésiter à entrer dans les Grands magasins, Perkins et son groupe l’encourager. Au Printemps, ils seront un peu timides. Au Galeries, ils iront tellement vite qu’on ne les interpellera qu’à la toute fin.

Lorsque qu’un mec de la sécu demande à Moon s’ils ont une autorisation, c’est Perkins qui répondra «oui, oui, bien sûr» . Pour nous Perkins, c’est ça, un Américain, un mec qui n’a peur de rien.