La Blogothèque

SFA : OK ?

Imaginez, vous vous réveillez un matin et vous réalisez que vous ne vous souvenez plus du prénom de l’enfant de l’un de vos meilleurs amis, l’un de ceux que vous connaissez depuis plus de dix ans.

Il y aurait de quoi se sentir embarrassé, honteux.

Il vient de m’arriver une chose similaire avec les Super Furry Animals . J’ai réalisé récemment, tout d’un coup, que je n’avais plus aucun souvenir de Love Kraft , leur précédent album sorti en 2005. Je ne me souviens d’aucune note. Ni d’aucun titre. Ni d’aucune mélodie. Ni d’aucun refrain. Rien. Le trou noir total.

Ah, si, je me souviens de la pochette. Elle était chouette la pochette.

Le fait serait anecdotique s’il s’agissait d’un groupe lambda. Mais ce n’est pas le cas. Les Super Furry Animals font partie du peloton de tête de mes groupes fétiches, leur pop psyché s’est toujours collée à mon subconscient de façon plus tenace qu’un chewing-gum emmêlé dans les cheveux. Et je me souviens l’avoir beaucoup écouté ce Love Kraft et l’avoir trouvé assez bon. Mais deux ans plus tard, il n’en reste rien, le disque ne s’est jamais imprimé sur ma mémoire, n’a laissé aucun héritage sentimental. Cela m’attriste légèrement. [Je sens que la même chose est train d'arriver avec mes copines d'[Electrelane et leur dernier album No Shouts No Calls ; je l'écoute régulièrement, je le trouve entêtant mais 2 jours après, je ne sais même plus à quoi il ressemble. Peut-être que j'ai un problème mental. Peut-être que je suis atteint d'un Alzheimer sélectif.]]

Donc quand les SFA publient ces jours-ci leur 8ème album Hey Venus! , c’est comme s’ils venaient me présenter leur nouveau bébé. Pas de chance, le bambin en question, je trouve qu’il est nippé comme un pouilleux : la pochette est moche à pleurer, ornée du dessin le plus moche depuis l’invention du crayon de couleur. Le groupe a mis fin à une collaboration de 10 ans avec le génialissime Pete Fowler et sont allés chercher le Japonais Keiichi Tanaami , qui, s’il semble capable de très belles choses ailleurs, semble assez peu inspiré sur le coup. Kanye West a eu le nez plus fin en allant s’accoquiner avec le branché Takashi Murakami pour Graduation . Tant pis. Peut-être que si je me concentre suffisamment, je peux réussir à oublier la pochette d’ici six mois.

La 1ère écoute du disque fut déceptive, surpris que j’étais de les voir abandonner l’ambition panoramique des 3 derniers albums et ces morceaux amples et épiques qui lorgnaient vers le cinémascope et le 5.1. L’album sonne vraiment comme un pas en arrière dans leur progression mais sans que cela soit réellement un handicap tant il apparaît rapidement que ce repli les rapproche de leur insouciance pure des débuts et de la période Radiator -Guérilla , celle où les SFA surfaient sur tous les genres au sein d’un même disque, fourmillant d’idées, multipliant les bidouilles. Ainsi l’album s’épanouit dans une forme plus modeste, certes, mais en technicolor, retrouvant les joies de la spontanéité, avançant au rythme des gimmicks kitsch aussi absurdes qu’accrocheurs et des gilis gilis sous les bras (“ah tiens, t’es chatouilleux ? “), sous la fine pluie des cordes du fidèle Sean O’Hagan ou des effets sonores ingénieux que je peux bruiter avec la bouche tout seul dans mon coin. Sans oublier les ballades qui tournent délicatement sur elle-même tel un carrousel dérivant dans l’espace.

Hey Venus! ne sera peut-être jamais sur le podium de leurs meilleurs albums mais c’est un nouveau brillant exercice de pop extraterrestre, qui s’autorise même des clips aussi modernes et sophistiqués qu’une chemise à jabots :

Et pour le baptême du petit dernier, ils seront en concert à Paris le 3 décembre à la Maroquinerie. La dernière fois qu’ils sont venus, en janvier 2004, ils avaient conclu le rappel par leur mythique The Man Don’t Give A Fuck déguisés en yétis.

Pourvu qu’ils remettent ça. Je les attends avec impatience.

Cela sera un peu comme de revoir enfin des amis perdus de vus depuis trop longtemps.

Non : ça sera exactement cela.