La Blogothèque
Concerts à emporter
#65

Final Fantasy

Dans la vie, les premières fois, c’est toujours un peu délicat. Le cœur bat trop vite, et le temps défile, lui aussi, trop vite. Pour moi, ce 15 août là, c’était mon premier Concert à Emporter. Et le dépucelage est signé Final Fantasy.

C’est à l’entrée du Divan du Monde que nous avons retrouvé Owen Pallett. On l’avait croisé comme violoniste d’Arcade Fire, il était déjà papa alors de Final Fantasy et ce soir là, Final Fantasy avait grandi, Owen jouait donc seul sur scène. Nous descendions la rue des Martyrs, à quelques pas de la salle où quelques fans s’étaient déjà amassés. Owen se demandait un peu où on allait et ce qu’on allait faire. Car c’est tout le charme d’un tournage de Concert à Emporter… l’inconnu. On redescendait donc cette rue, tranquillement. Nos ombres sur le sol s’étalant sous un soleil rasant. Chryde discutait avec Owen. Ce dernier avait pris ces précautions et regardé quelques Take Away Shows avant de se lancer dans l’aventure. A coup d’anectodes, Chryde se rappelait aux bons souvenirs des tournages avec les Shins ou Andrew Bird. En chauffeur de salle, il mettait l’artiste à l’aise. À un croisement de rue, Owen avouait qu’il n’avait prévu qu’une chanson. Glurps…

Owen s’arrête devant une devanture de boulangerie qu’il trouve à son goût. L’ambiance monte, le coup de feu approche. L’artiste est prêt à dégaîner son archet et Vincent chauffe la caméra. Dieu… ça va commencer. Finalement, jamais au fil des discussions, n’avait été évoqué le déroulement du tournage… Et pourtant le moteur est tout juste lancé.

Les premières notes de « Your life is spent » résonnent dans la rue. La voix d’Owen est belle et danse dans le vent. Il gratte ses cordes au rythme de quelques pas, l’archet blotti entre sa chemise orange et sa peau. Puis, soudain, comme si le véritable esprit des Concerts à Emporter avait soufflé un grand coup, Owen se met à courir. L’imprévu fait place à un grand moment : sans même regarder, il traverse la route et se marre, tout en contiuant à jouer, bien sûr. On le suit tous en courant, rigolant comme des gamins. Puis, Owen s’arrête, tire son archet de sa chemise avec brio et termine son morceau, à peine essouflé. Une fois la caméra arrêtée, il s’excusera d’avoir couru. On lui répondra tous qu’il aurait eu tort de nous priver de cet envol merveilleux.

Après cette mise en jambe, Owen était bouillonnant. Inarrêtable presque. Finalement, il voulait nous jouer tout plein d’autres morceaux.

C’est donc tout sourire qu’on remonte la rue des Martyrs. Peut-être faudrait-il se rapprocher de la salle… On en oublierait presque qu’Owen a un concert à donner ce soir. Lui aussi d’ailleurs. Car c’est désormais lui qui cherche un endroit accueillant pour agiter son violon. On croise une impasse sympa mais pas renversante, quelques terrasses bondées, tout est fermé ! Bref, vagabonds que nous sommes. Au croisement d’une rue, sans même prévenir, Owen s’engouffre dans une épicerie, prêt à dégainer. Chryde fait les présentations, et quelques secondes plus tard, la voix d’Owen résonne entre les légumes. Il s’amuse à pousser les décibels, faisant vibrer les murs et danser les conserves. Jolies couleurs, Vincent semble lui aussi ravi. L’endroit est parfait.

À peine quelques heures plus tard, seul à son archet, Final Fantasy a su nous faire vibrer et nous offrir de merveilleux moments. Et parce que la musique est décidemment une grande famille, il nous a même offert « Cliquot » en rappel, titre du nouvel album de Beirut sur lequel il chante. Un peu comme les concerts à emporter, ce dernier éclat de voix n’était en rien prévu, et d’autant plus magnifique. Puis, les spectateurs ont à leur tour descendus la rue des Martyrs, des sourirs hauts et des mélodies de violons plein la tête. Merci Owen.

Nathanaël