On attire le chaland comme on peut. Et si placer le nom de Matt Berninger, la voix profonde de The National, dans le titre d’un article est l’équivalent d’une balade en minijupe sur les grands boulevards, je plaide coupable pour racolage passif.
C’est que je m’en voudrais, tout compte fait, de faire aux deux bonshommes dont aujourd’hui je vais vous causer, m’sieurs dames, le procès qu’en son temps on fit au même Berninger, accusé de sonner comme un sous-Leonard Cohen, un sous-Ian Curtis ou un sous-Stuart Staples.
Et pourtant, à les entendre, j’ai décelé une parenté immédiate, une filiation évidente, un timbre qui les fait rejoindre l’auguste famille des voix sombres aux reflets indicibles, aux côtés des sus-nommés et d’un Nick Cave par exemple. Ils sont de ces chanteurs qui vont chercher des notes comme on va à la mine, de ceux qui n’accrochent la lumière que par accidents et que l’on ne croise que dans des univers de charbon, de sous-bois ou de souterrains profonds.
Commençons par Foxface
, un quartet de Glasgow qui sortira son « This Is What Makes Us » en novembre prochain. Le titre s’appelle « Honour & Promotion
« ; un titre qui fait penser à du nanard hollywoodien avec du Tom Cruise dedans, mais qui au contraire se révèle être le bel ouvrage d’artisans patients et appliqués. Il est fait de beaux arpèges et d’un banjo entêtant, des inflexions intimes d’une voix crevassée au léger accent scottish. Une voix qui connaît les montagnes froides et brumeuses et qui n’en redescend que rarement, et qui parfois au détour de la route retrouve les choeurs d’une belle voix de femme en contrepoint. Et puis il y a un accordéon aussi, qui n’est pas sans rappeller celui de leurs compatriotes de King Creosote.
Le tout déployé dans un faux calme comme il existe des faux plats qui à la longue vous brisent les mollets et vous tailladent les nerfs.
Anywhen
part sur les mêmes bases sur un « All That Numbs You
» qui émerge difficilement mais qui prend ensuite plus de hauteur, la voix qui se dégage des pesanteurs petit à petit et qui devient plus lyrique, qui perd de sa retenue, qui s’élève pour mieux finalement retomber à terre. Sur « Dinah & The Beautiful Blue
« , seule l’instrumentation – des cordes qui s’envolent et s’éparpillent dans le vent – parvient à se libérer de la gravité alors que la voix, sombre, rentrée, contenue, reste quant à elle collée au sol.
« The Opiates » est un excellent album[comme [Elvy nous le disait il y a peu]], qui s’effeuille peu à peu, un exercice périlleux d’équilibriste à mi-chemin justement entre cette voix grave, qui pourrait être celle d’un étonnant crooner si elle jouait un peu plus, et des orchestrations aériennes. Un peu comme si Jens Lekman avait perdu le sens de l’humour.





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