La Blogothèque
Concerts à emporter
#64

Beirut

«Chryde, this is Zach from beirut. I was extremely excited to hear of the possibility to fly out to paris to play a show…but alas, the timing is off. on may 31st I’ll be in the midst of preparing a tour with a live band around the east coast….But I was hoping that you keep me in mind, and if I were to go out to europe later this year, Some extra help in paris would be ideal…Its been about a year since I was last there. probably my favorite place in all western europe.»

C’était en avril 2006. Gulag Orkestar venait de sortir. Sans savoir trop pourquoi, j’avais écrit à Zach Condon, avec dans l’idée de le faire venir jouer à Paris. Cela n’était pas allé plus loin que ces deux mails. Six mois plus tard, je le croisais pour la première fois, pour tenter un Concert à emporter. Il avait les yeux dans le vague, il avait juste dit qu’il était épuisé, le lendemain il annulait sa tournée. Trop optimistes, trop présomptueux, nous avions déjà marqué «Beirut» sur nos flyers. Ce n’était que partie remise, quarante numéros : voici Beirut, Concert à emporter n°64.

Cette histoire pourrait être écrite sur des pages. Apprendre que Zach a toujours envie de faire un Concert à emporter. Une rencontre au concert de Blonde Redhead. Un resto, deux, une terrasse sur laquelle je lui montre le Concert à emporter du Kocani Orkestar, le regard d’un gamin surexcité, l’organisation de la soirée, la fin de ses deux mois à Paris. Et au milieu, une fin d’après-midi, enfin…

Beirut, c’est aujourd’hui plus que Zach Condon. Ce sont dix personnes. C’est un groupe, sans en être un. C’est une congrégation bordélique, ingérable et joyeuse, une assemblée bruyante qui avait pris possession d’une terrasse d’Oberkampf, rassemblant les tables, dispersant leurs bagages et essayant leurs instruments, dans un foutoir étourdissant, une indiscipline souriante, à se demander quand nous pourrions nous y mettre.

Et au milieu, il y a Zach. Le frêle Zach, et ses bras maigres et magiques. C’est vers eux qu’il canalise son plaisir de jouer, c’est par eux qu’il le communique à son groupe, en petit chef d’orchestre, qui pointe chaque instrument et donne son élan à chaque mouvement de ses morceaux. C’était l’une des premières fois qu’ils jouaient Nantes live, et Zach semblait raconter le morceau au groupe en même temps qu’il le chantait, les avant-bras tendus sur un corps qui semble flotter.

Il nous fallut une demi-heure supplémentaire pour trouver un bar qui accepte de nous accueillir (merci l’Ave Maria!), une autre pour le bordel nécessaire, que Zach ponctuait de leçons particulières : expliquer à Jason sa partie de ukulélé, caler les cuivres en fond de salle, faire répéter Perrin à l’accordéon. Puis tout s’est déroulé comme si cela avait été une évidence. Il est entré dans le bar, la mélodie déjà lancée, et au fond, à la lumière des bougies, le groupe l’a porté.

Ce n’était que le début de l’histoire. La deuxième partie s’écrit aujourd’hui. Nous sommes à New York, et nous retournons ces morceaux, ainsi que tous les autres. En deux mois, ils ont mûri.