La Blogothèque
Concerts à emporter
#62

Menomena

On ne soulignera jamais assez le rôle majeur joué par les petits enfants dans la magie des Concerts à emporter. Les petits enfants sont encore interpellés par l’inhabituel. Les petits enfants aiment la musique, surtout quand elle apparaît là où ils ne l’attendaient pas, et ils réagissent comme s’ils l’avaient toujours attendue là. Les petits enfants s’arrêtent, regardent écoutent. Les petits enfants dansent.

C’est devenu une de nos préoccupations : signaler à Vincent Moon, tout à sa caméra, les gamins qui se cachent derrière lui. On était dans une cour du village de Charonne, il avait déjà repéré le bébé tenu par sa mère, à la fenêtre, pendant que Menomena faisait son raffut sur Wet and Rusting . Mais derrière, il y avait ces deux petits, qui ont en deux secondes tout compris, compris que cette pop disloquée, à la fois bringuebalante et structurée à l’extrême, était faite pour se se secouer les puces. Et au moment où le groupe n’avait plus grand chose à montrer mais encore beaucoup à faire entendre, ils ont pris le devant de la scène.

A 15 ans, ils fumeront des clopes et se rouleront des pelles dans des endroits sombres, comme cette bande que nous avons croisée sur le chemin de fer abandonné de la petite ceinture, qui s’est enfuie avec nonchalance lorsque nous avons commencé à nous installer. On leur a peut être fait peur. Parce qu’on était tous des petits enfants. De Guillaume et Mathieu de la maison de disques et Lucas notre monteur, qui ont accepté de jouer les porteurs de batterie dans un tunnel sombre à Dave Longstreth des Dirty Projectors qui escaladait la moindre paroi pendant la session, jusqu’à moi qui sourit comme un con parce que je peux taper sur un tambour à la fin de la session. Vive les petits nenfants.