Alors le voilà ce premier album de Drey, il a pris son temps et il a eu raison. À un moment à Strasbourg, on les voyait partout: ils jouaient en version noise sur le béton noir du Molodoï, ils réapparaissaient pour une minirésidence avec Emiter, vétéran polonais de la bidouille minimaliste, criaient Mitraillettes: en avant! avec les voisins free de Sun Plexus puis montaient sur la scène des Eurockéennes puis se confrontaient au collectivisme de La Terre pour y accoler leur mécanique instrumentale.
Puis l’accalmie ou à peu près. On est en gros en 2004, Drey a beaucoup fouillé et peu gravé, mais comme il était dit que ce premier album attendrait son moment, le groupe a commencé par se disperser dans les projets du joli label Herzfeld – et ailleurs.
Des méandres et encore des méandres, et un de plus à ajouter enfin: un album ambitieux et sans titre. C’est l’Angleterre, New York et la Suède sur les bords du Rhin. Le morceau d’ouverture, Sweet Emptiness,
tient sur une basse qui ne peut être qu’un hommage à Joy Division et affidés, et puis j’ai parfois pensé qu’il y avait du Hüsker Dü dans leur paisible colère – ce qui est sûrement faux mais cette idée fugace s’est accrochée depuis. On retrouve aussi ce goût pour la pop chorale qui traverse la plupart des productions Herzfeld (signées Vincent Robert, bassiste de Drey), et qui était jusqu’ici à peu près absent des aplats rocks défendus par Drey.
Et les turbulences petit? Elles sont bien là, pour rappeler que cette musique à 1000 têtes est née de cris de guitares bouillantes. Des résidus qui brouillent les mélodies, des crissements et des blitzkriegs qui feraient bien de Drey un représentant particulièrement malin de la relecture post-rock version 2007. On y croise du coup beaucoup de fantômes – c’est autant un défaut qu’un bel exercice de style -, mais ce n’est heureusement pas que ça.
Drey a la chance d’avoir un studio à disposition et a pris le par(t)i d’y composer ce disque boulon par boulon, entre un été, un autre été et l’hiver qui a suivi. Et comme à Strasbourg le climat est continental, on dira la même chose de ces neuf morceaux qui assument leurs hésitations provoquées et recherchées. C’est sûrement cette instabilité on ne peut plus honnête qui fait que ce premier album s’insinue, qu’on finit sans y penser par hurler dans la salle de bain à 7h30 en mimant le jeu de batterie hâché menu de Agitation of Spirit
. Drey m’a accompagné une partie de cet été pourri, et je vous confirme que ce disque se joue des terrains détrempés comme du cagnard le plus infâme.





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