J’adore les vinyles. Je ne suis pas contre le progrès – en tout cas, les CD sont chez eux chez moi – mais je reste un peu prisonnier des gestes qui ont éveillé mon intérêt pour la musique, au début des années 80, quand le monde se déclinait en 45 en 33 tours. J’aime bien chiner, faire de bonnes affaires et entretenir ce qu’il faut bien appeler une collection. Tenez, hier, pour 5 euros, j’ai acheté un exemplaire nickel du Getz / Gilberto de 1963. C’est après être passé à la caisse que je me suis attardé sur l’édition. Originale. Et brésilienne. Rien à rajouter, juste partir en courant avant que le vendeur s’en aperçoive.
Après avoir mis la pépite de côté, il s’est produit une de ces associations d’idées un peu débiles, comme il en arrive parfois quand on ne dort pas tout à fait, qu’on est ivre, ou qu’il fait vraiment très chaud. En résumé, les concepts suivants se sont relayés dans mon cerveau, sans doute parce que je n’avais pas goûté : « Cinq euros, vinyles, à Paris, c’est l’été… Paris Summer, tiens ça m’avait coûté cinq francs à l’époque…
« . Décryptage : La trouvaille du Getz / Gilberto me fit revivre l’espace d’une seconde le plus grand épisode de ma carrière de chineur : quand je trouvai, un jour de juillet 1999, dans un dépôt-vente de Creil dans l’Oise, au milieu d’une série de Gérard Lenormand, Nana Mouskouri et autres Super Hits mochement réorchestrés, une très bonne édition de Did you ever ?
… Paru en 1971, cet album à la blancheur immaculée a été le deuxième commis par Lee Hazlewood et Nancy Sinatra. Il n’a jamais été réédité. C’est un magnifique compagnon pour journées ensoleillées, en plus d’être une pure rareté. Le genre de trouvaille qui vous flanque pour quelques années l’obsession de ne pas rater beaucoup de brocantes. Car il m’a coûté 5 francs, ce trésor. 0,75 euro, j’ai bien écrit.
« Paris Summer » (qui n’a pas forcément grand-chose à voir avec Paris l’été, Paris est potentiellement un prénom et Summer un nom…), est le morceau que j’ai adopté comme le meilleur à mon sens du successeur de Nancy and Lee
(1968) : écriture simple et irréprochable, arrangements à tomber, efficacité intégrale du duo façon « La Belle et la Bête ». Si l’histoire vous a plu et si vous aimez les discrets crépitements du vinyle numérisé, voici deux mp3 qui l’illustreront avantageusement : « Paris Summer », évidemment, et « Tippy Toe », une chanson rigoureusement introuvable, comme sept des dix titres du disque. « Paris Summer » figure au moins sur Faity Tales and Fantaisies
, un best of de Nancy et Lee sorti en CD en 1989. Ça nous rajeunit un peu, mais c’est quand même coté à 75 dollars aujourd’hui… Le bonheur et les vinyles, ça peut aussi coûter pas un rond. Si ça lui chante, Chryde vous racontera comme il a obtenu le Love and Other Crimes
, l’un des meilleurs albums de Lee Hazlewood en solo (1968, jamais réédité). Pour zéro.





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