La Blogothèque

Architecture in Helsinki

Un Concert à emporter, ça se fait parfois à rien. Il est des sessions où il faut batailler pour en tirer quelque chose. D’autres où les groupes sont si enthousiastes qu’ils en prennent le contrôle, qu’ils provoquent la petite chose qui fera la différence. Il a fallu un coup de fil d’un ami pour que je comprenne qu’Architecture ferait plus que jouer pour les Concerts à emporter. «Tu seras dans la chorale pour AIH ?» me demande Alex en milieu d’après-midi, au téléphone. Si maintenant les tournages des CAE font partie de la rumeur publique, c’est à n’y plus rien comprendre. Il m’explique : AIH a fait de la retape via MySpace pour composer une chorale amateur, une heure et demie avant la session qui devait se tourner, à la fraîche, avant leur concert parisien du soir. Et la surprise est totale pour nous.

18 heures : gros succès ! Une personne attend devant la salle.

Peu à peu, pourtant, la terrasse se remplit, on réquisitionne, on s’amuse, on s’émerveille. Qu’importe si on ne sait pas chanter. Kelly nous fait répéter Heart it Races à pleins poumons.

AIH avait tout prévu, la chorale, la grosse caisse et les amplis transportables. Sauf que durant la procession qui a débuté peu après, ces derniers ont lâché. Alors, avec une rallonge, nous avons demandé aux habitants qui regardaient depuis leurs fenêtres, au premier étage, de nous prêter du courant. L’électricité est venu d’une cuisine.

Cameron Bird, les yeux brillants, me demande si on peut monter dans un des appartements, qu’il puisse se mettre à la fenêtre pour chanter. Kelly s’en va dans un autre, au-dessus et nous nargue avec un Ice Tea offert par son hôtesse. Dans le notre, il y a le repas du soir qui chauffe dans la grande poêle, les gamines qui se collent toutes excitées à la fenêtre, la maman qui vaque à ses occupations au fond du logement et Cameron qui chante, reprenant sur la petite foule qu’on surplombe. Il jette, hilare, des regards à Kelly et s’amuse comme un fou. Derrière nous, les petites sont toutes impressionnées. Nous avons emmené les Concerts à emporter jusque chez elles, entre le salon et la cuisine, nous sommes rentrés en demandant poliment, nous sommes un accident chez cette famille. Tout comme les situations des Concerts à emporter sont des accidents chez les artistes qu’on suit.

Sitôt la fin de la chanson, tout le monde redescend. Les gamines ont déjà enfilé leurs chaussures et nous ont précédés dans la cage d’escalier.

Dans la rue, la petite chorale du début s’est transformée en troupe. Devant la Flèche d’Or, la file d’attente est déjà longue. Pas encore arrivé, AIH fait mettre tout le monde en «Congo line» , en file indienne. On débarque ainsi : ça se passe devant, ça se passe derrière, ça se passe au milieu, tout le monde avance. Vincent Moon rentre dans le percussionniste, repart de plus belle, veut être partout, n’en a pas le temps, me percute. Dans la rue, un aveugle se trémousse au son de groupe qui passe devant lui. Tout le monde chante affreusement faux depuis le début, Cameron s’époumone et massacre le pauvre micro accroché à son T-Shirt. On investit la Flèche pas encore ouverte, un apéro privé s’y déroule. Les gens suivent, vingt, trente personnes qu’on invite sans leur dire.

C’était bon, c’était drôle, c’était une histoire d’invitation rendue presque immédiatement.