La Blogothèque

Beirut, du rock ?

A regarder ces jeunes gens qui voltigent en permanence (cette violoniste qui ne tient pas en place, ce rouquin touche-à-tout qui saute dans tous les sens), à déceler l’extase sur le visage de Zach Condon, à prendre en pleine face l’impétueuse ampleur que prennent ces chansons sur scène, on se rend très vite compte que Beirut a quelque chose que les autres n’ont pas.

Ils sont pourtant de plus en plus nombreux à découvrir la sevdah et ses cousines, à se plonger la tête en avant dans le folklore balkanique pour en ramener hymnes et trompettes. Pensez à A Hawk & The Hacksaw (qui compte un autre membre de la famille Condon dans ses rangs), pour ne pas citer les moins bons.

Et pourtant, aucun d’entre eux ne nous propose ce que Beirut offre à tour de bras : cette étrange alliance de jeunesse qui gronde et d’une sagesse infinie, comme si le frêle chanteur avait déjà vécu cent vies, comme s’il revenait de loin et qu’il avait promené son regard sur autant de mondes et qu’il en était revenu vieille âme, aussi heureux que triste, aussi affamé que rassasié. En concert, à vaciller sans cesse, à s’enthousiasmer sur ces mélodies aux formes indécises comme de belles adolescentes pas tout à fait femmes, à reprendre “un dernier verre pour la route” (sic), il semble nous dire que finalement seul le chant compte. Qu’il importe de prendre nos angoisses, nos peurs et les plus belles heures de nos vies et de les célébrer en les pulvérisant au sol en tapant du pied.

Qu’il importe de tourner comme un derviche, jusqu’à ce que la joie et les larmes viennent. Que les chansons aient été parfois trop vite écourtées ? Que seuls les premiers rangs aient pris la fièvre et que le public ne soit pas vraiment tombé en transe ou pas suffisament ? Que les chansons du nouvel album – que l’on a eu la chance d’entendre il y a quelques jours allongés sur mon parquet – tiennent toutes leurs promesses et plus encore ? Peu importe. Il importe de brandir les poings, de se cogner la poitrine, de chanter, de tourner comme un derviche, jusqu’à ce que la joie et les larmes viennent.