La Blogothèque
Concerts à emporter
#56

Pascal Comelade

Un soir Vincent me dit : “Oh putain, s’il te plaît faut que tu viennes demain matin je fais un Concert à emporter avec Comelade et là je vais pas me réveiller” . Il rentrait de je ne sais où (Vincent voyage beaucoup en ce moment) et il était en plein décalage horaire, fallait que je l’appelle pour le réveiller. J’imagine Comelade au même moment dans sa chambre de l’hotel Ibis, près de la Villette. À ses musiciens : “Putain, demain matin y a ce type qui vient nous emmerder avec sa caméra là, va falloir se lever pour faire ce truc avant la balance, merde. Bon alors je vais dormir là parce que bon, voilà”. Et moi, tout content parce que Vincent veut que je prenne le son.

Vincent sait très bien le plaisir que j’éprouve à écouter la musique de ce Catalan hors circuits. Il fait du rock ? Non, du bal ! Allez, c’est pas de la musette, t’as vu ces musiciens, ils les arrachent leurs valses ! Arraché ? Arrête, c’est tellement mignon et puis les instruments jouets (merci Jaume, magicien de l’instrument en plastique très coloré) c’est pas du rock. Enfin quand même on dit que certains membres de Sonic Youth passent de temps en temps par chez Comelade et puis P.J Harvey en guest sur le merveilleux “Argot du Bruit” … Allez on arrête là, on retient qu’ils sont Catalans et puis on est content de les voir parce que c’est rare.

J’évoquais tout juste un “chez Comelade”. En vérité c’est un peu compliqué de savoir où cela se trouve. D’un côté ou de l’autre des Pyrénées suivant l’interlocuteur. Certains semblent le chercher depuis longtemps, en vain. Il faut aussi ici rectifier l’erreur de ceux qui ne l’ayant pas vu depuis longtemps pensent que notre ours de Pyrénées aurait été en hibernation. Il n’en est rien : Comelade joue souvent en Espagne, il paraît que là-bas les gens vont aux concerts pour s’amuser, qu’ici c’est plutôt pour critiquer.

Bon. Peut-être mais nous Pascal on était là pour ton concert au Cabaret Sauvage (dans le cadre du très réussi “Festival de mes couilles” de la Villette Sonique) et on n’a rien à dire, on s’est amusés, à en pleurer presque. Et puis on a dansé et même les Parisiens ont fini par arrêter de penser à ce qu’ils pourraient bien raconter sur ce concert plus tard et ils s’y sont mis, à danser.

Donc, ce samedi matin, on s’est retrouvé au tout petit matin (vers 11h30) devant l’hôtel Ibis et tout le monde avait la patate : Vincent survolté avec ses micros et ses idées, Pascal grommelant avec le sourire, suivit à grand fracas de sa valise à roulettes. Si Comelade était un personnage, pourquoi pas ce troll grincheux mais sympa dont les princesses sont folles dans les contes pour enfants ? Parce qu’il a grogné cette matinée-là et il nous a enchanté, et il va vous enchanter, tas de princesses que vous êtes ! Voilà. Pour que tout ça devienne vraiment sérieux, il ne manquait que le regard d’un enfant pour y assister sérieusement… Et c’est Lucien qui a eu cette chance, dans les bras de son père qui lui faisait là un beau cadeau.

Nous voilà tous réunis, au bord du canal, sous un beau soleil. Musique. On écoute et on est heureux. Ah… tout le sérieux du monde ne vaut pas cette vie de “Situationniste d’opérette” !

Merci Vincent, merci Pascal.

Gaspar Claus