La Blogothèque

Leslie Winer une étoile morte

Ceux qui ont de la vie, charme, talent et chance aiment dilapider, brûler leurs biens et faire de leur existence un désert. Trop de facilités incitent à gâcher. Ceux qui ont tout, ont trop. On ne peut pas ronronner paisiblement quand on a des vices, que l’on ne veut du bonheur que l’excès afin de faire de sa vie une offrande au refus. Certains sont nés en négatif pour payer le prix fort, s’endetter en sortant le soir, se perdre dans la nuit pailletée et sous un déguisement de loup sortir, entretenir des scandales, tituber jusqu’à satiété, et progresser d’erreurs en erreurs vers la jouissance. Pour ces saturniens aux personnalités dévorantes, attirés par l’auto-destruction, Leslie Winer fut un mythe passager, une visiteuse venue d’ailleurs, une égérie instantanée.

Mais regardons un peu cette femme, aujourd’hui mère de trois enfants et qui fut décadente à l’époque où on l’était par goût, par pose et parce que la faune new-yorkaise et parisienne étaient les plus fiévreuses et chaotiques du monde. Cette femme qui aujourd’hui ne se retourne plus vers son passé, qui fut l’amante de Basquiat, l’amie de Burroughs et Pacadis et qui a tiré un trait sur ces années 70-80 qui furent l’apogée de la radicalité. Leslie Winer fut repérée par hasard à l’âge de 17 ans et devint mannequin. Sa silhouette d’androgyne et d’amazone en cuir séduisit les couturiers et son goût naturel de la rébellion porté par un visage d’ange luciférien fascina les artistes qui retrouvèrent en elle grâce et violence combinée. D’autant que la jeune fille ne semblait pas vouloir connaître de limite.

(Burroughs, Pacadis et L.Winer)

Mais les années de feu s’éteignirent et Leslie Winer dit adieu. La grande époque décadente était terminée, se profilaient déjà les futures années fric, l’hygiénisme et la médiatisation de la réussite. Ces valeurs qui aujourd’hui dominent nos inconscients et qui font que ceux qui se pensaient glorieux se nomment aujourd’hui des losers. On éteint les lumières, chacun rentre chez soi, et certains vont mourir.

Son disque est un objet curieux, sombre de spoken poetry. C’est une œuvre qui semble écrite à minuit dans une chambre. C’est de l’electro ou du trip-hop, difficile à dire. Le mieux est encore d’en écouter deux extraits :