La Blogothèque

Kill Kill Kill !

The Careless Flame, deuxième album de Kill the Vultures, essore les tympans avec une violence digne du hardcore east-coast le plus irréductible. Le premier beat du premier morceau, Moonshine, commence par vous casser le dos. Trop massif, trop féroce. C’est tout le bitume de Minneapolis qui gicle en fusion et se mêle à la terre labourée alentour, c’est Tom Waits version Real Gone qui rode dans le fond, c’est le blues du Mississippi qui devient vaudou et un saxophone métallique qui pleure sa mère et toute sa famille emportée par une fièvre tropicale.

Kill The Vultures, formé à Minneapolis en 2005, c’est Oddjobs moins DJ Deetalx, groupe recommandable (cinq albums entre 1999 et 2004) mais incapable de passer du bien fait au génial, coincé dans des codes que personne ne lui imposait. Il y avait déjà dans Oddjobs le flow essoufflé de Crescent Moon, des boucles de saxophone démontées à la MPC et une basse défendue à coups de cran d’arrêt… Il y avait aussi du rap usé qui ne savait plus trop où aller.

Comme un grand frère qui a appris à canaliser son énergie, Kill The Vultures dépasse ces hésitations en plantant fièrement ses deux pieds dans la boue: chaque beat sali de ce deuxième album est un coup de massue sur le sol détrempé. À plein volume, la première écoute est terrifiante. Impossible de ne pas trembler face à la détermination musclée qui suinte de la boucle de saxo de Spider’s Eyes -montée à partir d’une improvisation de Sean Behling enregistrée en 1974-, de la basse en transe sur Stranger’s in the Doorway, du texte haché, rabâché, ressassé comme une obsession pathologique sur How Far Can a Dead Man Walk . La voix brisée de Crescent Moon, qui multiplie les agressions verbales contre les moutons urbains, ajoute encore à l’assèchement punk du disque: “Won’t you speak what’s on your mind?” “Who’s been drinking all my goddamn wine?”

Aux confins libertaires du hip-hop, du rock et du jazz, Kill the Vultures finit par faire du blues comme on l’avait un peu oublié en ces temps de production scintillante: râpeux, cru, physique, lettré et très en colère. Et si la beauté brutale de The Careless Flame vous effraye trop, le quartet vient de sortir un EP apaisé, Midnight Pine , la musique ultra-jazzy d’un film noir et moite. Gravé à la maison, il est disponible (pour pas cher) uniquement depuis Myspace.

Kill the Vultures sur Myspace

Écouter

- Sur The Careless Flame :

Moonshine

et

The Spider’s Eyes

- Sur Midnight Pine :

Can’t Buy Forgiveness

Kill the Vultures sera en concert au Furia sound festival le 29 juin, et aux Eurockéennes le 30.