La Blogothèque
Concerts à emporter
#53

Keren Ann

La première fois que j’ai vu Keren Ann, il faisait sombre. La caméra tremblait un peu, c’était un effet : elle se promenait dans les petites ruelles avec Taddéi, elle racontait son enfance, elle racontait Paris, c’était la nuit. Elle avait l’air douce, intéressante, un peu dans la lune.

La seconde fois, c’était au Bataclan. Je me souviens, j’étais à gauche, juste avant la fosse. Elle faisait la première partie de Goldfrapp, elle n’en menait pas large. Elle avait l’air timide, fragile, et sa tentative de reprise de Marylin, gimmicks compris avait un charme gauche, un charme fou. D’autant plus a posteriori, lorsque nous dûmes supporter la suffisance de mademoiselle Alison Goldfrapp.

La troisième fois, c’était là. Et nous n’étions pas là. La troisième fois, elle est arrivée dans le couloir de l’Olympia avec une frange et de grosse lunettes noires sur le visage, qu’elle n’enlèvera qu’une fois qu’elle l’empêcheront vraiment de voir. Il y avait son trompettiste avec elle, elle lui parlait dans une langue étrangère, elle nous posait deux questions, conversait avec lui, revenait vers nous pour dire qu’elle le ferait bien là, se faisait rembarrer par Vincent Moon qui est aussi une forte tête, retournait vers son trompettiste.

Keren Ann avait plein d’idées et peu de temps, nous avions une idée fixe et tout le temps nécessaire. Nous avions l’Olympia pour nous, ses sièges vides, nous voulions nous amuser là. Même s’il faisait sombre. Keren Ann a résisté, nous avons fini par la convaincre.

Et nous avons joué dans la nuit. Nous n’y voyions guère, et c’était sans doute tant mieux. Car la Keren Ann anxieuse que nous avions croisée dans les couloirs n’était plus là. Il y en avait une autre, qui venait à nous par sa voix. Une voix qu’elle a quand même très belle, une voix qu’on a aimé entendre et filmer presque seule dans une salle ou 3000 personnes l’entendraient le soir même.

Et puis elle a fini. On est partis. Et elle nous a oubliés.