La Blogothèque

Hors Palmarès

Je me rappelle avoir attendu le palmarès du Festival de Cannes avec une certaine impatience il y a quelques années. La raison en était, loin de toute cinéphilie, que je venais de passer une semaine à voir une bonne moitié de la sélection officielle. Certains de ces films étaient mes poulains, je voulais l’aval du jury, je voulais les voir gagner. Résultat ? nada. Aucun de mes films préférés n’eut de prix. Imaginons que cette année là se soit passé le contraire. J’aurais pu alors avoir ce sentiment – certes idiot mais réconfortant – de n’avoir rien manqué. Le palmarès aurait justifié que j’ignore tous ces films que j’avais aimés.

C’est un peu ce que je me suis dit à l’écoute des morceaux de Can Soundtracks , un album de Can sur lequel je suis tombé par hasard, au milieu de bacs de vinyles non classés. Voilà un disque que je n’aurais sans doute jamais acheté à lire ce qu’on en dit sur internet. Il n’apartient pas à cette catégorie des essentiels du groupe, trois étoiles sur Allmusic, un petit 7.6 chez Pitchfork, c’est un disque souvent jugé mal foutu et accessoire dans la discographie de Can . Sorti en 1970, ce faux second album rassemble en fait des titres écrits pour des bandes sons de films allemands. Autre particularité, sur ce disque s’opère le passage de témoin entre Malcom Mooney , le premier chanteur du groupe et Damo Suzuki , l’impressionnant japonais avec lequel Can enregistrera ses chefs-d’œuvre. Eviter cet album, négligé à l’aune du reste de la carrière du groupe, revient à faire une croix à jamais sur la douceur vénéneuse d’un joyau comme Tango Whiskyman , sans parler de la locomotive de 14 minutes trente, Mother Sky , arrivée juste à temps, l’année dernière, pour propulser l’album de Fujiya & Miyagi .

Première évidence : un album réputé plus faible d’un groupe comme Can n’est pas forcément un album faible.

Seconde évidence ? Un album plus faible que Pet Sounds n’est pas forcément un album faible.

Pour moi comme pour beaucoup, les Beach Boys n’étaient qu’un groupe de super ringards horripilants – je suis assez vieux pour avoir connu leur triomphe Kokomo – avant que les Inrocks ne leur consacre un N° été de légende au début des années 90. Avec son interview hallucinante de Brian Wilson par Michka Assayas , il rattrapait de années d’oubli de la presse rock française, enfin celle que je lisais. Ce fut pour moi la découverte de Pet Sounds , puis, dans la lancée, celle de leurs albums de la fin des années 60, ces disques mésestimés que l’on se sent généralement autorisés à ignorer. Vous l’avez lu, vous le savez, après Pet Sounds , ce fut la sortie de route de Smile dans la course avec les Beatles . Là, un peu sonné sur le bas côté, un géant barbu et hirsute se remit à vivre par intermittence pour enregistrer les pieds nus quelques disques apaisés généralement qualifiés de mineurs. Mineurs … avec Meant for you , I went to sleep , Wake the world , des chutes de Smile comme Our Prayer et Cabinessence . Pour vous mortifier, vous qui avez dédaigné ces trésors vendus deux par deux en CD, Smiley Smile adossé à Wild Honey , Friends enchaîné à 20/20 , voici Time to get alone , petit bijou post-Pet Sounds , un des plus beaux titres du passionnant fourre-tout qu’est 20/20 , leur dernier album pour Capitol [[On appréciera au passage l'effort fait sur le titre et le design]]. Après le tango, voici la valse.