ACTE 1
2006 déclinait et je me surprenais à traîner de plus en plus dans le fond de la boutique, un peu abattu et peu enthousiasmé par la perspective d’avoir à réaliser ce foutu inventaire de fin d’année. Je parcourais du regard les différentes collections (printemps, été, automne, hivers), autant de disques majeurs ou mineurs qui auront teinté les souvenirs d’une année somme toute assez banale. Beaucoup de disque que j’aurai aimé passionnément et qui me l’auront souvent bien rendu. Une flopée de jolies confirmations, mais malheureusement trop peu de vraies surprises.
C’est alors que résonnèrent dans mon esprit les paroles de mon ami Lucka : « va voir le site d’Elvy , il est vraiment plein de talent ». « Elvy.be« , un air de déjà vu. Du coup je fouille dans le stock et je retrouve quelque mp3 oubliés (et ignorés) dans un placard à giga-octet. Je dépoussière, je baisse le volet (il est midi), m’installe et j’écoute. Ce jour là, la boutique était particulièrement sombre. Pas âme qui vive dehors, une marée noire dans le ciel et une sacrée envie de tourner une page, n’importe laquelle.
Mon lecteur bloqué en mode shuffle me souffle alors aux oreilles quelques notes de guitare chaude, accompagnées de craquements suggestifs. Puis soudain une voix. De celle qui s’impose tout de suite au cœur et chamboule tout sur son passage. « I Will », quatrième plage de l’album « Belinda and The Univers », 2min01 qui suffisent à me faire vaciller. Quelques gouttes d’où transpire l’émotion, une confession toute nue, rien de superflu, l’essentiel sans appareil. Et, à peine ais-je le temps de reprendre mes esprits que l’impitoyable lecteur mp3 m’assène un second titre, « Gone », également imparable. Voila quelqu’un qui habille ses chansons avec autant de grâce qu’il ne les compose. Je titube, fini par poser un genou à terre. « Blind », petite complainte émouvante aux accents obscurs (« I stay in bed, Locked in my dreams »), finira le boulot : victoire par K.O., Elvy est le nouveau champion poids léger-coeur lourd.
« Belinda and the universe » est un album fantastique, d’une maturité impressionnante, plein de saveur et d’émotion. Un disque amoureux, triste, chaloupé, éploré. Un album qui voit grand et promet de beaux lendemains. « Belinda and the universe » est pourtant un objet modeste, une démo à vrai dire, composée et enregistrée seul et à domicile par Lionel Vanhaute, alias Elvy.

ACTE 2
Après quelques échanges de mail, nous convenons avec Lionel d’une rencontre et c’est chez lui, à Namur, que celle-ci aura lieu. Nous voici donc, mon ami Luc et moi, pénétrant son petit chez lui, traversant la chambre (où, l’on aperçoit, timidement coincé entre le lit et la fenêtre, l’ordinateur sur lequel Elvy a composé et enregistré ses 3 « albums »), dépassant quelques guitares dans l’escalier, et négociant notre place dans le divan avec un chat de passage qui a sur nous l’avantage d’être un habitué.
Planté dans son fauteuil, un second chat sur les genoux, Evly nous parle alors de longues heures durant de sa musique, de ses rêves, de ses craintes et très vite se dessine les contours d’un personnage entier, sans cesse sur le fil mais ne reniant aucune de ses contradictions. Elvy voudrait partager sa musique, mais craint les compromis ; Elvy rêverait de parcourir le monde, mais sa fragilité l’effraye ; Elvy a de l’ambition, mais se défend de toute prétention. Elvy est entier et complexe, Elvy est intégrale : une articulation arithmétique embrouillée et mystérieuse, représentée par une grande lettre élégante, désignant le vaste espace contenu entre lui et l’axe des abîmes. L’intégrale d’une fonction complexe, la somme de ses incertitudes et de ses doutes. Entre autres.
Il semble avoir le chant et l’écriture pour pénitence. Il s’y fait violence, y confesses ses errances et sa sociophobie, s’y repent de ses fautes. Mais il y chante aussi sa gratitude, son amour, son espérance et ses nombreuses promesses.
Pour ce faire, Elvy travaille ses matériaux à la manière d’un artisan autodidacte qui aligne les trouvailles pour dépasser son amateurisme. Avec presque rien, il parvient ainsi à tout enregistrer, chacun des ingrédients nécessaires. Batterie, cordes, clavier, chant, guitare, chœurs, tout. Seul mot d’ordre : ne pas céder à la facilité, multiplier les recherches et contourner les remparts. Et c’est ainsi que sous des allures de pop triste mais légères, sommeille une parure 24 carats ou rien ne dépareille. 24 chansons (pour ne parler que du dernier opus) convaincantes, touchantes, remuantes et prometteuses. Comment dès lors ne pas pariez sur Elvy ? Donnez-lui un studio, présentez lui son colonel Philips (facile), il ne lui manque rien d’autre pour révéler l’orfèvre qui bourdonne en lui.

EPILOGUE
Elvy est aujourd’hui parrainé par l’étendard du collectif liégeois Jaune-Orange, fanion large couvrant le meilleur (Girls in Hawaii, Experimental Tropic Blues Band,… ) comme le pire. On espère une entrée en studio durant l’été 2007 et l’on prie pour qu’Elvy sache rester sourd aux sirènes de la facilité. Prière aisée cependant ; on imagine mal telle intégrale se muer en simple somme de soustractions et additions faciles.
En attendant, Reste trois albums et deux B-sides à se mettre sous la dent. Gratuitement, en téléchargement depuis le site d’Elvy. 5 disques, 68 titres et beaucoup de matière donc.
Afin de vous assister dans vos premiers pas, vous aider à découvrir Elvy, nous vous proposons dès lors une petite visite guidée par quelques suggestions : 10 morceaux pour faire connaissance avec le talent de l’artiste, traverser sa chambre, descendre ses escaliers, frôler ses guitares, s’installer dans son canapé, laisser son chat s’étendre sur vos genoux tandis qu’Elvy vous contera ses regrets et ses espoirs. N’ayez pas peur, entrez ; c’est légal, c’est gratuit, c’est charmant, émouvant, remuant et convaincant.
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« Belinda and the universe
» (2006)
L’album qui convainc, qui fait oublié qu’il n’est qu’une démo. Celui qu’on prend en pleine figure et en plein coeur. Dépouillé, doux, Elvy s’y livre en songwriter talentueux et en chanteur plein de promesses. S’il ne fallait n’en retenir qu’un, ce serait celui-là.
-* I Will (mp3)
-* Gone (mp3)
-* The spokesman (mp3)
-* Blind (mp3)
-* Wasting time (mp3)
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« How not to look far
» (2005)
Plus brut, le son y oscille entre vraies démos et titres plus travaillés. On y perçoit cependant déjà toutes les prouesses et le talent d’Elvy. S’y cache notamment « The Death Song « , certainement une de ses plus belles chansons. Sans oublier « An end will come » (et sa version accélérée, « An end has come » ou l’art du remix économique).
-* The death song (mp3)
-* An end will come (mp3)
-* Peace of mind (mp3)
-* An end has come (accelerated) (mp3)
Album des débuts, des essais, des tentatives. Elvy ne s’y livre qu’entre les lignes, par petites touches disséminées dans une série de compositions et recherches instrumentales. L’ensemble peut sembler moins intéressant, un peu plus froid, mais il n’en réserve pas moins de belles surprises. Un disque qui permet donc de retracer le parcours et d’ainsi mieux imaginer la suite possible. Mais pas seulment.
-* Introduction (mp3)
-* Use your hands (to build a shed) (mp3)
- « Teenage Work » (1998-2003)
Petite collection de titres enregistrés pendant ses années bruxelloises. La genèse en quelque sorte. Ca commence par le tout premier titre enregistré, « Untitled », et on a le sentiment que tout y est déjà écrit : « How not… », « Belinda » et tout ce qui suivra ; l’émotion et le talent.
-* Untitled (first song) (mp3)






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