La Blogothèque

Yann Tambour – Encre = Thee Stranded horse

Cela s’appelle passer à autre chose. Sur le site officiel d’Encre, l’unique cerveau du groupe, Yann Tambour, a choisi de renvoyer directement vers le site officiel de Thee Stranded Horse, son nouveau projet. Pour aller gratter des infos sur ce qui fut l’un des groupes français les plus captivants des dernières années, il faut cliquer et re-cliquer. Le dernier album, le live Common chord , ne figure même pas dans la discographie. Il est pourtant encore temps de visiter ce projet dont tout, sauf le nom, renvoie à l’impression d’une certaine complexité. Le son est dense, vif, les couches entrelacées ; le talk-over, nerveux, d’une violence retenue ; le line-up extensible ; les textes jouent sur tous les registres («votre courbe déliée allèche les passants à rebours énièmes prétendants » et «une foule aux zguègues dressées » cohabitent dans la même intro).

Je n’ai pas encore fait le deuil d’Encre. Même après avoir assisté à un concert de Thee Stranded horse. Seules la barbe de trois jours et la dégaine simplissime de Yann Tambour suggèrent un pont entre deux projets apparemment aussi cousins que Leonard Cohen et Berg Sans Nipple. Là, les textes sont anglais. Là, le son est nu, cristallin (deux koras, une guitare sèche). Là, la voix est nasale, mélodique, à la Neil Young. Pour expliquer la mue, il y a le choc de la rencontre avec l’instrument africain dont Toumani Diabaté est l’ambassadeur le plus connu. Une technique de guitare boitillante : Yann Tambour excelle avec la main droite mais traîne sa main gauche comme un boulet ; or, la kora, c’est deux mains droites. Un déménagement aussi : Yann a quitté le vacarme parisien pour une maison à retaper sur les côtes normandes. Il y a déjà un album : Churning Strides, paru en France chez Talitres et une tournée en juin. Allez-y au moins pour voir un musicien jouer en même temps d’une guitare et d’une kora. Allez-y surtout parce que c’est très beau.

> Trois titres en écoute sur la page myspace.