En 2004, les inénarrables The Ex avaient décidé de fêter leur 25e anniversaire en invitant leurs amis pour une grande tournée européenne. Pour la France, l’affiche regroupait entre autres Silent Block, Zea, Zu, The Evens, Getatchew Mekuria et Mohammed Jimmy Mohammed. Lui je ne le connaissais même pas de nom : son seul et unique album, dans lequel il reprend des thèmes de son idole Tlahoun Gessesse, n’était pas encore sorti. Les Néerlandais l’avaient croisé quelques années plus tôt lors d’une soirée parisienne organisée par Francis Falceto, l’homme derrière la série des Éthiopiques .
Peu à peu, ce chanteur aveugle à la santé fragile, qui l’obligeait à jouer assis, a intégré la sphère musicale du groupe. Han Bennink notamment, toujours dans les bons coups lorsqu’il s’agit de casser le moindre début de ronronnement jazzy, s’est pris d’amour pour sa musique et l’a rejoint avec sa batterie sauvage, pour l’occasion plus métronomique que free. La pulsation parfaite pour accompagner ce blues oriental sans fin, scandé sur de longues pièces à la rythmique hypnotique lancée par un ou deux krars électriques et plutôt secs. La voix richement modulée de Jimmy Mohammed fait le reste, jamais égale, toujours à chercher la note qui transformera les paroles en cri d’amour conquérant. Ceux qui ont vu Jimmy sur scène, lors de cette tournée (il n’en reste que ça?) ou lors de Banlieues Bleues en 2006, savent à quel point c’était beau et caractériel. Jimmy Mohammed était aussi punk que The Ex, il est mort en décembre dernier, et une soirée lui sera dédiée le 8 juin à Amsterdam. Pour que sa musique demeure, ça vaut le déplacement.
(Au fait, tout ce qui est sorti sur Terp à côté du disque de Mohammed Jimmy Mohammed est assez splendide, surtout le double album de Tsehaytu Beraki.)





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