La Blogothèque

Start A War ?

On les attendait avec une impatience non dissimulée. Depuis leur Concert à Emporter, depuis que les premières notes de Fake Empire nous étaient parvenus, depuis les premières images de «A Skin, A Night» – le documentaire du camarade Vincent Moon, depuis la première fuite de Boxer .

Hier soir, The National était de retour à Paris. Le premier endroit où ils se sont rendus compte qu’ils ne plaisaient pas qu’à leurs potes de Cincinnati et de Brooklyn. Cette fois à la Maroquinerie, probablement pour la dernière fois dans une salle aussi petite : il faudra se faire à l’idée de ne plus les voir dans un cadre aussi intime.

Ce fut un très beau concert, introduit d’emblée par le mastodonte Start A War , ses arpèges lacrymaux et sa charge émotionnelle presque trop forte pour un morceau d’ouverture. Ce fut un très beau concert, très centré sur les compositions du dernier album sorti la veille.

Matt Berninger affirme bien volontiers qu’ils écartent tous leurs premiers jets, toutes ces premières chansons qu’ils écrivent et qui sonnent instantanément mais dont ils se fatiguent rapidement, pour aller vers des choses plus complexes, moins immédiates, qui ne révèlent leur beauté que petit à petit. On s’acclimate patiemment à un album de The National : il n’offre ses trésors que progressivement à ceux qui font l’effort de l’user un minimum sur la platine. Nous, on commence tout juste à se faire à Boxer . Derrière le charme immédiat et nostalgique de Fake Empire , l’hymne d’héroisme en chambre de Mistaken for Strangers , on découvre les incantations de Squalor Victoria , les mélopées d’Ada , le piano fuyant (courtesy of Sufjan Stevens) de Racing Like A Pro .

Hier soir, c’était beau de voir ces chansons que l’on commence tout juste à apprivoiser prendre toute l’ampleur qu’on leur devinait et qu’on leur souhaitait. De voir qu’elles ne perdaient pas sur scène la complexité qui fait leur attrait, tout en trouvant parfois, souvent, une dimension nouvelle (on souhaite à tous de voir ce que Squalor Victoria devient sur scène). C’était beau de voir la tension s’installer, partir et revenir dans un flux et un reflux incessant, pour parfois laisser place à de troublants moments de calme et d’harmonie.

Comme pour nous achever, les versions finales de About Today et Gospel avaient ce petit quelque chose de parfait que l’on devine parfois en regardant des musiciens qui habitent pleinement leurs compositions, pleins de doute et de tension et en même temps terriblement sûrs de leur force. N’en doutons pas : tout ça ne fait que commencer.

- Vidéo : Mistaken for Strangers

Images par Entro_py