La Blogothèque

Cale-ifornia

Lorsqu’on se penche sur le cas de John Cale, c’est très souvent l’avant-gardiste qu’on loue – et on a raison. En plus de sa participation aux deux premiers albums du Velvet Underground, il n’y a qu’à écouter la série New York in the 1960′s sortie des archives de Tony Conrad ou ses participations au Dream Syndicate de ce dernier pour s’en convaincre. Mais on a tendance à oublier qu’il est aussi capable d’écrire des chansons pop, qui pour certaines, doivent bien plus au soleil californien qu’aux performances new-yorkaises.

La première d’entre-elles, « Gideon Bible » (sur le très beau Vintage Violence ), si elle n’est pas une référence explicite aux garçons de Hawthorne, Californie, titille assez rapidement l’oreille de tout fan qui se respecte. Derrière le texte en forme d’exégèse biblique, on croirait entendre une chute de l’après-Smile , de l’époque Brothers Records où quelques pépites surnagent le marigot prog-rock.

Enregistrée vraisemblablement un ou deux ans plus tard pour un single qui n’a vu jamais le jour (mais qu’on retrouve heureusement sur l’anthologie Seducing Down The Door ), « Dixieland and Dixie » monte d’un cran dans la révérence : le tempo, le pont de xylophone guilleret, l’ambiance pastorale, la nostalgie d’une certain âge d’or… il ne manque que le passage du train et l’aboiement du chien en mixage mono pour se croire en plein Pet Sounds .

Avec « Mr Wilson », (Slow Dazzle , 1975), le doute n’est plus permis. L’intro est presque froide mais la voix de Cale prend des hauteurs inhabituelles et le texte à lui seul est un bel hommage à un Brian Wilson alors complètement au fond du trou (1974-1975, avant la douteuse opération « Brian’s Back ») : « Je pense tout le temps à vous lorsque j’entends votre musique / On sait bien que c’est vrai / que le Pays de Galles n’est en rien la Californie / Lorsque j’écoute votre musique / Vous êtes toujours à des milliers de kilomètres / Prenez vos mix mais pas cette mixture / Ajoutez un peu de musique à nos journées / Ne croyez pas ce qu’ils vous ont dit / Ne les laissez pas se mettre en travers de votre chemin  » etc. La fin du morceau laisse entendre des choeurs presque aussi fantomatiques et plaintifs que ceux qui ornaient « ‘Til I Die ».

On aurait aimé conclure cette petite revue par un autre morceau, une reprise de « God Only Knows » enregistrée lors des sessions de l’album Helen Of Troy avec le Choeur de la cathédrale Saint-Paul mais cet enregistrement est resté inédit. C’est peut-être mieux ainsi tant cette chanson a été maintes fois massacrée par d’autres.