La Blogothèque

Assis sur les branches

D’abord. D’abord il y a cette reverb sur la guitare, qui claque et qui résonne. Et puis un orgue qui sous-tend la basse. Et puis cette voix qui débarque en titubant, rappelant un peu – par ses limites évidentes dont elle semble se foutre comme de l’an 40 – celle de Clap Your Hands, mais une version en voix de tête, sensiblement plus aigue, plus déconneuse (ou, peut-être, plus psychédélique, plus défoncée à l’acide) que celle d’Alec Ounsworth. Le genre de voix auxquels on se fait ou pas.

A partir de là, à partir des mêmes ingrédients que les illustres brooklynites, c’est le grand bordel généralisé et on ne va clairement pas dans la même direction. Si tant est qu’il soit possible de déceler une direction dans ce fatras : trompettes qui débarquent sans crier gare, empilement de voix dans tous les sens, des murmures par dessus des falsettos à moitié ratés par dessus de brefs cris erratiques, arpèges folkeux qui viennent puis disparaissent, solos saturés qui s’éparpillent à peine arrivés. Sur leur première vidéo, il y a des percussions dans tous les sens, handclaps, triangle, cloches et tambour entremêlés.

Le morceau par lequel je les ai entendu s’appelle « Soul Disciples » et on devine effectivement une espèce de volonté de faire comme si, un hommage un peu potache, un peu batard à la soul music. Comme si les blancs becs se lançaient la tête la première dans un numéro d’équilibriste improbable entre leur folk lo-fi et un rock un peu new-wave, agrémenté d’un chant très marqué par Otis Redding, tout en hurlements, en vocalises approximatives et en interjections. Un numéro dont le modèle avéré est peut-être à chercher du côté de TV On The Radio, le côté savant et maîtrisé en moins, le côté bricolo déglingué en plus.

Ample Branches – c’est le nom – ne réussit pas à tous les coups, la faute notamment à une production un peu rapide qui hésite entre foutraque et précision et dont les recettes s’avèrent parfois trop indigestes. Ou parce que le procédé tourne parfois à la recette et qu’il manque alors l’essentiel : la chanson, la composition, dont l’habillage ne suffit pas à masquer l’indigence sur certains morceaux ratés. Surnagent pourtant quelques belles choses, qu’il faut savoir déceler au milieu du grand bordel. Non ?

- Soul Disciples

- I Shot Myself Today

- Myspace

- En vidéo