La Blogothèque

Un invité : Ola Podrida

Evacuons d’entrée les informations purement factuelles : derrière Ola Podrida se cache David Wingo, (un peu) connu pour avoir écrit les musiques des films de son ami David Gordon Green ; Andew Kenny, le chanteur du American Analog Set, y tient la basse ; Ola Podrida a déjà eu droit à plusieurs reprises aux honneurs de Said The Gramophone, Gorilla vs. Bear et – évidemment – de Pitchfork. Et son nom commence à circuler de plus en plus sur la blogsphère, son premier album étant sorti cette semaine sur Plug Research.

Evacuons également les inévitables comparaisons : dès la première écoute, les doux arpèges de guitare renvoient aux Red House Painters. On pense également au Springsteen solitaire en goguette avec le fantôme de Tom Joad. Les inflexions de la voix, ses inflexions lasses de vieux conteur, convoquent aussi bien Jason Molina, Papa M que les premiers Lambchop. On est en territoire connu, à la croisée des chemins de l’americana et de l’indie.

Concentrons-nous plutôt sur la musique : Sur « Run off The Road », Ola Podrida (avec son nom à consonance hispanique) chante les fuites, les frontières et les voies de traverse. S’appuyant sur un fourmillement de détails (ici un piano qui ne souligne que l’essentiel, des arpèges en surimpression et un écho sur la voix, aussi léger qu’une brise ; ailleurs une distante guitare slide qui surgit comme un spectre) toujours avancés avec subtilité, avec circonspection presque, il suggère l’espace et le déploiement des possibles. Il les suggère, mais de loin : il y a dans la production comme un résidu de bruit statique, une sorte de voile sonore qui éloigne un peu le son. C’est contre des immeubles en béton et sur de l’asphalte urbain que se réverbèrent ces complaintes. Le chant vient du Texas mais via Brooklyn, ce qui est loin d’être anodin : il dit les immensités désertiques, les paysages qui s’ouvrent vers l’horizon inatteignable, mais il les dit avec la distance des réfugiés, l’éloignement des souvenirs, la nostalgie des émigrés.

C’est avec ravissement qu’on a accueilli la nouvelle : David Wingo acceptait de nous parler de la musique qu’il aime. Au début, il nous a un peu parlé de Mercury Rev, ce qui étant donné sa fascination pour les grands panoramas ne nous a guère étonné. Et puis, il est revenu sur certains de ses choix pour nous parler entre autres de la musique de son Texas d’origine et mettre en lumière de petits groupes d’Austin. Sans pouvoir s’empêcher, évidemment, de nous parler un peu de cinéma.

Bon voyage.

____________________________________

SONGS OF GREEN PHEASANT – I Am Daylights :

Cela faisait très très longtemps que je n’avais pas eu un de ces instants “arrête toute de suite ce que tu fais et écoute“. Cela m’est arrivé la première fois que j’ai entendu cette chanson. Je n’en comprends toujours pas les paroles, je ne sais pas même ce que signifie réellement son titre, et je m’en fous. Ce sont probablement les trois minutes de musique les plus sereines, les plus gracieuses que vous entendrez jamais.

The first time I heard this song last year provided the most stop-what-I’m-doing-and-listen moment I’ve experienced in a long, long time. I still can’t understand most of the lyrics besides the title and I can’t claim to even know what that really means, and I couldn’t really care less. It’s some of the most blissful, serene 3 minutes of music you’re likely to ever hear.

_____________________________________

BEDHEAD – Rest of the Day :

J’ai trouvé ce vinyl à un concert lorsque j’étais en première année à la fac, et mon colocataire (David Green, le réalisateur dont j’ai composé les bandes originales) et moi l’avons écouté sans arrêt pour tout le reste du semestre. Ca a vite gagné tout l’étage… Il y avait là toute une bande de potes (dont Robert Patton, l’autre guitariste d’Ola Podrida) qui partageaient une obsession totale pour ce groupe, comme seuls les adolescents en sont capables. Ils étaient vraiment de loin les meilleurs à avoir ce son tout en lenteur qui allait dominer le rock indé dans les années suivantes, et ils n’ont jamais été reconnus pour ça… Cette chanson, particulièrement la version vinyle (plus écorchée et largement supérieure à la version de l’album parue 3 ans plus tard), démontre leur grandeur. Et leur façon de faire une musique aussi belle et majestueuse pour accompagner des paroles à peine chantées sur l’envie de rester au pieu me parait aujourd’hui à la fois drôle et brillante, alors que ce n’est pas ce que j’y voyais à l’époque.

I got this 7-inch at a show my freshman year in college and the rest of the semester my roommate at the time (David Green actually, the director who’s films I’ve scored) and I listened to it NON-STOP, as soon did everybody else on the floor…there was a large crew of us (which included Robert Patton, the other guitarist in Ola Podrida) who shared a complete obsession with them in the way that only teenagers can. They were truly the very, very best at the whole slow-build thing that ended up being the predominate indie-rock sound for years, and they’ve never gotten their just due…this song, particularly the 7-inch version (way more ragged and far superior to the album version 3 years later) showcases their awe-inspiring greatness at its best. And to make such soaring, beautiful music to accompany barely-sung lyrics about wanting to just stay in bed now also strikes me as both funny and brilliant in a way that it never did at the time.

____________________________________

MONROE MUSTANG – Elephant Sound :

Comme Bedhead, un groupe texan du Trance Syndicate, en activité dans la deuxième moitié des années 90, qui n’a jamais eu la reconnaissance qu’il méritait. Chacun des membres du groupe écrivait les chansons et les chantait, mais cela ne les empêchait en rien de faire des albums cohérents. Cette chanson qui porte l’empreinte de Taylor Holand a donné son titre à leur EP, mais elle est aussi présente, dans cette version plus orchestrée, sur leur premier et unique album. Elle capture à la perfection leur influence Barrett/Bowie, mais dans leur propre esprit, moody et psychédélique. Dire que tout ce son, méticuleux, beau, a été enregistré sur un 4 pistes à cassette. J’aime à imaginer ce qui serait arrivé à ce groupe si MySpace et les blogs avaient existé au moment où ils sortaient des disques. Je suis persuadé qu’ils auraient tout fait exploser sur leur passage.

Another mid-to-late-90s Trance Syndicate band from Texas (along with Bedhead) that never quite got the attention they deserved. Not only did each of the five members of the band write and sing songs, they were all totally great and unique on their own but still managed to make completely cohesive records. This Taylor Holland-penned song was the title track on the following EP, but this more orchestrated version was on their first and only full-length and really captures their Barrett-meets-Bowie-inspired but wholly original brand of moody, psychedelic pop; it’s hard to believe that all this sound was captured so beautifully and meticulously on just a 4-track cassette recorder. It’s interesting to think of what could have happened to this band had the whole blog/myspace thing been going on when they were putting out records; I can’t help but think that they would have spread like wildfire…

______________________________________

RANDY NEWMAN – Louisiana 1927 :

Cette chanson parle de la crue du Mississippi en 1927, quand le fleuve a noyé la région (la rumeur voulait qu’il ait été dévié par les dirigeants de la Nouvelle Orléans). Elle en parle avec une subtilité qui fait défaut à la plupart des chansons d’aujourd’hui. Comme si la majorité des songwriters modernes étaient atteints du même mal que celui qui frappe tant de réalisateurs, qui n’ont plus assez confiance dans la portée émotionnelle que transportent leurs images, leur musique, et les surchargent en conséquence. Ce qui fait de cette chanson une tuerie, c’est la façon ultra terre à terre, dénuée de sentimentalité, avec laquelle Randy Newman raconte l’événement, qui atteint des sommet avec le vers “they’re trying to wash us away”, accompagnée d’une sombre, stoïque et forte ligne de cuivres… Il sait qu’il a quelque chose de bien entre les mains, et s’assure de ne pas se mettre en travers du chemin. C’est déjà une chanson épatante en elle-même, mais l’écouter à la lumière de la destruction récente de la région la rend plus puissante encore.

This song, about the flood of the Mississippi river in 1927 that broke the levee in the state and flooded the region (amidst speculation that it was diverted there by city officials in New Orleans) has a subtlty that so many songs seem to lack nowadays. It seems like a lot of modern songwriters have the same affliction that so many modern filmmakers have wherein they don’t trust the core material to be emotionally effective enough so they slop it up with overwrought performances or accompanying parts, but the completely unsentimental, matter-of-factness with which Randy Newman chronicles the event, climaxing in the chorus with the line “they’re trying to wash us away”, accompanied by a mournful but strong and stoic horn line, is what makes the song such a killer…he knows he’s got something good in his hands and he just makes sure to not get in the way of it. And as amazing as the song as it is in its own right, listening to it now after the recent flooding and destruction of the entire region is as heavy as it gets.

_______________________________________

THE JESUS AND MARY CHAIN – You Trip Me Up :

Sans doute la chanson la plus bruyante et la plus accrocheuse de l’un des albums les plus bruyants et les plus accrocheurs jamais enregistrés. Sur plusieurs chansons de l’album, c’est au moment où l’on n’imagine plus possible qu’une autre couche de bruit ne vienne s’ajouter à la masse qu’arrive une couche massive qui réussit, on ne sait comment, à se faire entendre sans pour autant gêner la mélodie et la chanson. L’explosion de la toute fin de la chanson est probablement mon passage préféré de tout l’album. J’aime imaginer que ces gars n’avaient aucune idée de ce qu’ils faisaient, et que cet album n’est épatant que par accident. Mais ils devaient savoir exactement ce qu’ils faisaient. J’aurais aimé être un peu plus vieux en 1985, j’aurai pu me défoncer avec ce disque quand il est sorti…

Maybe the catchiest, noisiest song on one of the catchiest, noisiest records ever made. There are several songs on the record where you have to believe that the sheets of fuzz and feedback have reached critical mass to only have one more massive sheet come in and somehow still make itself heard above the rest of the noise but STILL not obscure the melody and song, and the blast that comes in with the last four bars in this song is probably my favorite moment on the whole record. I’d like to believe that these guys had no clue what they were doing and that this record is so amazing by complete accident, but they probably knew exactly what they were doing. I wish like hell that I could have been just a few years older in 1985 so that I could have had my mind completely blown when this came out.