La Blogothèque

Tom Brosseau

Et l’une des choses que nous préférons aussi bien chez Tom Brosseau que dans sa musique, c’est la sincérité avec laquelle il assume son décalage. Il est habillé comme un gars d’une petite ville coincée, il agit comme un gars d’une petite ville coincée, mais il ne nous adresse pas le moindre clin d’oeil. Pas d’ironie. Il l’est vraiment.

C’est pourquoi nous aimions l’idée de l’étaler au milieu du Manhattan hype, dans toute sa cacophonie, sa pose branchouille, juste histoire de voir comment sa douce et naïve présence s’y ajusterait… Nous l’avons emmené au coin de Joe’s Pub, là où il était censé jouer le soir même, dans deux endroits bien représentatifs de l’attitude new-yorkaise : Astor Place Hair et St Mark’s Place. Nous aimions la tension potentielle entre le sage et rétro Tom Brosseau, et l’irrespectueux et branché East Village…

Chez Astor Hair, l’idée était de laisser Tom vaquer, sûrs que sa voix d’ange amènerait chaque crâne rasé, chaque iroquoise, à se tourner vers lui, ne serait-ce que pour voir un mec en bottes de cow-boy chanter de la country au milieu d’un salon de coiffure. Nous avions prévenu le gérant, mais personne d’autre n’était au courant, nous étions sûrs de préparer une surprise qui ne manquerait pas de provoquer une réaction. Rien de tout ça : nous avons adoré ce qui s’est passé parce que c’est la dernière chose à laquelle nous nous attendions. Une fois que Tom a commencé à jouer, personne n’a semblé y prêter attention. C’était juste une voix seule, perdue dans l’activité du salon, chacun ignorant l’autre, comme si Tom était un fantôme que nous seuls (et la caméra) pouvions voir.

Parmi les rares personnes qui l’ont remarqué, il faut noter celui qui lui dit “je suis aussi chanteur”, celui qui lui emprunte sa guitare pour lui montrer qu’il sait en jouer. Rien de plus New Yorkais que ce sentiment selon lequel personne, et je me fous de qui tu es, n’est meilleur qu’un autre. C’est la raison pour laquelle un grand chanteur comme Tom peut lancer une chanson au milieu d’un salon de coiffure sans que personne n’y voit une quelconque folie. Business as usual .

Les New Yorkais savent bien que St Mark’s Place est désormais bien plus un spot touristique où l’on vent de la coolitude qu’un endroit cool en soi. Mais comme la plupart des quartiers de la ville, cela reste un endroit pluriel. Nous ne savions trop que faire avec Tom lorsque nous sommes arrivés là, mais nous étions confiants : l’étrange mélange de personnages qui traînent sur cette place ne manquerait pas de provoquer quelque chose…

Là, la caméra fut immédiatement repérée, souvent interpellée, mais les chansons de Tom complètement ignorées… jusqu’à ce moment, tout à la fin, où un gamin a brisé son masque branché pour se caler sur la sincérité de Brosseau, même s’il en rate l’harmonie. Au final, Tom avait fini par passer au travers de New york…

(Traduction Chryde)