La Blogothèque

Warmsley, le petit Anglais qui en voulait tant

Ce petit homme est prêt à exploser. Sous sa maigre carcasse, sous ses faux airs de nerd, de petit cousin de Lou Barlow, derrière ce menton fort, il y a un trop plein, des chansons que l’on a porté à pléthore avant de les laisser échapper, des chansons qui ne demandent qu’à exploser. Ce petit homme aime à s’étourdir, et nous avec.

Il y a trop de lettres dans son nom, à Jeremy Warmsley . Il y a trop de notes, trop de sons, trop d’idées dans ses chansons comme des pièces, des opéras de poche, des poches sans fond que ce petit Anglais rebute à sortir avant de les avoir garnies. Il fait bien sûr penser à tous ceux qui avant lui semblaient n’avoir pas assez d’une vie, d’une voix et de quelques instruments pour toutes leurs chansons, à ces Rufus, ces Divine Comedy, ces Final Fantasy (fin du name dropping), à une différence près : alors que tout ces songwriters semblent surtout rêver de cathédrales, et pensent avant tout à la richesse, Jeremy Warsmley sonne comme obsédé par l’urgence. Dirty Blue Jeans ouvre l’album et c’est comme un Andrew Bird qui vous jetterait son morceau à la figure, en courant déjà ailleurs.

Warsmley ne se contente d’ailleurs pas de couper les rythmes, de construire des ponts et de glisser des violons, de donner l’impression d’avoir un orchestre derrière lui alors qu’il est seul au piano. Il ajoute à l’arythmie de ses perles en plaçant des blips, des déconstructions électro qui, associées à sa voix faussement modeste, un poil nasillarde, font penser à un vieux génie fugace, Merz.

Oui, bien sûr, Warmsley souffre des mêmes maux que ces prédécesseurs. The Art of Fiction est un album un peu lourd sur le ventre. Les chansons moins évidentes paraissent vites indigestes. Mais peu importe. Parce que j’ai vu quelque chose qui a suffi à me convaincre.

C’était quelques jours après le Concert à emporter d’Arcade Fire. On avait un peu de quoi être sceptiques face à un gars tout seul avec sa guitare. Vincent Moon est quand même parti filmer Jeremy, sans moi. Il m’a montré les vidéos quelques jours plus tard. Jeremy Warmsley, une guitare, une église toute moche, et une énergie folle, une chanson poussée là comme un ouragan.

Soyez donc heureux que le petit Anglais soit seul ce vendredi à la Flèche d’Or . Cela va être un moment intense, ne ratez pas ça.

- Ecoutez Dirty Blue Jeans

- Jeremywarmsley.com

- Jeremy Warsmley @ MySpace

Photos FreckleScorp et Delarge @ Flickr