La Blogothèque

Snakes & Cotton Fields

Dès les premières notes de Cotton Teeth, il y a comme une filiation évidente, immédiate, naturelle qui s’établit. Sur quelques notes de banjo égrénées avec une simplicité désarmante, une voix aux accents familiers se lance et se raccroche à la première mélodie qu’elle trouve. Dans le timbre, dans la force un rien traînante et nonchalante de la mélopée, on retrouve immédiatement Neil Young, mais un Neil Young se prenant à chanter d’une voix un peu plus rauque, retourné à un état de nature plus brut, plus rural. En somme, on pense à Jason Molina.

C’est une merveilleuse filiation, un peu lourde à porter, mais c’est aussi une fausse piste avec laquelle les garçons qui composent The Snake The Cross The Crown vont jouer tout au long de cet étonnant second album. Sur ce premier morceau, un Cakewalk qui chante l’envie de brûler les planches et de vivre de sa guitare, débarque bientôt une guitare électrique façon “What Comes After The Blues”. Un son pas très propre, pas très net, qui choisit très clairement son camp : la puissance et pas forcément la précision. Une première tension qui éloigne un peu la tradition folk que l’on a cru ainsi déceler pour s’aventurer vers des orages plus électriques. C’est un peu le sillon du Crazy Horse que l’on creuse ici, mais pas seulement.

Car bientôt, on entend aussi dans les compositions de nos jeunes camarades quelque chose de profondément sudiste : nos gars sont des lointains cousins du rock bouseux sous haute influence black de Lynyrd Skynyrd, issus de la branche de la famille qui joue encore du banjo mais qui ne dédaigne pas pour autant les guitares slides électrisées qui tâchent. Des gens qui ne se contentent pas de jouer tranquillement autour du feu, mais qui invitent tous leurs voisins et branchent les amplis pour faire trembler les murs jusqu’à pas d’heure, avec toute l’insouciance et l’intensité irréfléchie de leur jeunesse. Aucun artifice ici, aucun gimmick. Les chansons de ces 5 gars d’Alabama installés sous le soleil de la Californie leur sortent des tripes, directement, sans détour.

Sur l’impétueux Gypsy Melodies – qui aurait mérité une autre porte de sortie que cet impitoyable fade out qui lui coupe les ailes – on entend le bruit de leurs bottes, on sent comme une odeur de bayou, des effluves de vieux bourbon. Sur Behold The River, nous sommes dans un bouge au bord du Mississipi, et les braillards pleins de whisky, à l’évocation de ces filles perdues de vue, les Suzie Q et les Maggy qui ne sont plus ici, se taisent. Et regardent, avec dans les yeux quelque chose qui ressemble à de l’envie, ces jeunes garçons encore un peu tendres, un peu trop propres, qui en font encore parfois un peu trop, mais qui leur remuent le coeur avec leurs complaintes.

- The Great American Smokeout

- Gypsy Melodies

Et issu de Mander Salis, leur premier album :

- On The Threshold of Eternity

The Snake The Cross The Crown sont sur Amazon et Pure Volume.