La Blogothèque

Post Punk belongs to you

Tout récemment, lors d’un débat à propos d’un post de Rom sur la big music , on a mentionné ici le livre de Simon Reynolds, Rip It Up And Start Again (Post-Punk 1978-84) traduit au début de l’année chez Allia. C’est l’occasion de saluer la sortie de cette encyclopédie raisonnée (près de 900 p. pour 25€) qui apporte un complément original, pour la période traitée, à l’arsenal de dictionnaires existant sur papier (Assayas) ou en ligne (Allmusic).

L’avantage de Rip It Up , c’est qu’il est organisé par “scènes” géographiques et historiques : on lit comme un roman l’histoire des groupes, des relations qu’ils entretiennent entre eux ou avec leurs labels, de leurs modes de création ou de vie. L’inconvénient, c’est que le choix de la narration ne permet pas la même impartialité et la même exhaustivité que le format dictionnaire. Même si chacun peut se laisser guider par l’index, en sélectionnant un chapitre qui traite de ses groupes fétiches, et découvrir ainsi d’autres groupes de la même mouvance, Simon Reynolds (qui tient par ailleurs le blissblog) reste le responsable de la “navigation”. Ce qui lui impose d’opérer des choix subjectifs, et notamment d’assumer des impasses – l’une des plus notables étant The Cure , comme déjà évoqué. Le parti-pris le plus marquant est en fait résumé par le sous-titre : post-punk .

Il paraît que Simon Reynolds est aussi l’immortel inventeur du si décrié post-rock : on pourrait donc croire qu’il ne s’agit que d’un tic de langage, alors même que l’ouvrage (ou du moins une bonne partie) aurait pu sans trop de difficultés s’appeler new wave . Ce choix révèle en fait la perspective historique adoptée par Reynolds : le post-punk est pour lui un non-mouvement ; la seule chose qui relie ces personnalités ou ces groupes si différents et si extravagants, de Gang of Four à Trevor Horn en passant par les Young Marble Giants , c’est finalement d’avoir écrit ou émergé après le punk – qu’ils aient eux même fait de la pop, du rock, de l’électro ou tout autre chose. Le choix de cette perspective dictait d’emblée celui du groupe emblématique du livre, qui ne pouvait être que Public Image Ltd : si Johnny Rotten est l’icône du punk, John Lydon devait être celle du post-punk.

On peut contester ce choix, et d’autres encore, mais ce n’est pas si important. En mettant côte à côte Frankie Goes To Hollywood et Black Flag , Subway Sect et Human League , Reynolds relève le défi d’une histoire œcuménique, et réussit à faire coexister une myriade de chapelles qui étaient alors toutes plus ou moins rivales les unes des autres. Ou alors, juste incapables de se comprendre :

Les Ramones n’arrivaient pas à croire que les Talking Heads préféraient lire des livres pendant les trajets d’une ville à l’autre, plutôt que de foutre le bordel dans le car de tournée.

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De nos jours, on fait même du marchandising avec les livres : achetez donc aussi la compilation Rip It Up sortie chez V2 (ou allez plutôt télécharger une sélection de Simon Reynolds sur le site de Radio Campus Rouen)

Image via Joy Division Central