La Blogothèque

Matamore

Lorsqu’ils sont musiciens, auteurs, compositeurs, producteurs même, on comprend aisément qu’ils se démènent pour que leur musique vive (et accessoirement pour qu’ils en vivent, lorsque ça devient possible). Mais je suis plus particulièrement impressionné par toutes celles et ceux qui, à la sueur de leur front et partant de rien, montent de petits festivals (qui parfois deviendront grands), créent de petits labels, consacrent leur temps, leur énergie et leur talent pour que cette musique qu’ils aiment et en laquelle ils croient (la leur, mais aussi et souvent celle des autres) puisse vivre et être partagée. Pour moi qui ne fais que relayer de l’information, la commenter occasionnellement, le dévouement et l’efficacité de ces petites bras (aux grands effets) force le respect.

Avant d’être un de ces petits labels aux grandes vertus, Matamore fut d’abord une aventure interneteuse : communauté de passionnés échangeant leur playlist (musicales, littéraires, cinématographiques) avant de devenir webzine à part entière, la mouvance Matamore s’est constituée avec le temps une constellation de noms importants et évocateurs : le netlabel Sundays in Spring, le Rhâââ Lovely Festival, le festival idioLABO, le festival Dictapop, le webzine Dérives… et le label Matamore Recordings qui héritera du nom et qui fait l’objet de notre attention ici.

A.S.B.L. (Association Sans But Lucratif) créée en 2003, Matamore propose « aux artistes locaux membres de la communauté (mais pas exclusivement) une structure appropriée à leur épanouissement ». A ce jour 7 disques sont sortis sous la bannière rose et deux nouveau-nés sont annoncés très prochainement, dont le très attendu premier album de Soy un Caballo (prononcez “CABAIO” et non “cabaLo”) .

Pour la 11ième édition de son Domino Festival printanier, l’AB (Bruxelles) a eu la très bonne idée d’inviter l’écurie Matamore à exhiber ses poulains, le temps d’une soirée (le samedi 14 avril ) dans le très prisé Club de l’AB . Excellente occasion pour nous de passer en revue une série de groupes et d’artistes qu’on a aimé que trop discrètement ces derniers mois/années et de vous donnez rendez-vous le 14 avril à Bruxelles pour cette soirée Matamore.

SOME TWEETLOVE

Some Tweetlove, c’est quelques grammes de finesse malheureusement rattrapés en 2005 par un monde de brutes. En effet, initialement dénommé Tom Sweetlove , le groupe s’est vu contraint de changer de nom, déjà usité par un directeur des achats de la Fnac (ça ne s’invente pas). Qu’importe ; deux pirouettes plus loin (mais la rage au ventre), le groupe nous reviendra en 2006 avec un excellent album intitulé “Cafard Mondial ” et signé de son nouveau nom, Some Tweetlove.

Some Tweetlove, c’est une musique aérée, douce et tendue à la fois. Une musique posée et pleine de justesse. Une musique qui s’élève loin au-dessus de nos têtes et nous raconte l’agitation du monde vu d’en haut. Un corps étranger, vivant mais muet, qui nous livre des titres évocateurs et nous invite à de longues apnées initiatiques en terres familières, à de longues randonnées célestes vers l’inconnu. Une expérience à part entière.

Mais Some Tweetlove, c’est malheureusement aussi l’annonce d’un concert d’adieu ce samedi 14 avril, le groupe semblant en effet avoir pris la décision de passer à d’autres choses. Espérons qu’ils auront soit la sagesse de revenir sur leur décision, soit l’inspiration de continuer à user de leurs merveilleux talents pour notre plus grand plaisir.

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-* Ecoutez Jean-Paul III (mp3) et Crème Pudding (mp3), extraits de ‘Cafard Mondial

SOY UN CABALLO

L’histoire est ironique. Alors même que Venus tirait sa révérence, on apprenait que Thomas Van Cottom , son ancien et regretté batteur, allait enfin concrétiser le projet Soy Un Caballo. Non pas que le sieur Thomas ait chômé durant toutes ces années, loin de là (on l’a notamment retrouvé aux côtés de Hank Harry pour orchestrer sont superbe Far From Clever ). Mais il est marquant que ce soit justement au moment où Venus rende son dernier souffle que Soy Un Caballo se décide enfin à prononcer ses premiers mots.

Ironique aussi de constater combien la voix d’Aurélie Muller (seconde moitié de Soy un Caballo) pourtant plus que familière (Melon Galia , Raymondo , Hank Harry , entre autres…) semble ici se révéler comme pour la première fois, dans toute sa splendeur, ayant sans doute trouvé dans cette nouvelle chrysalide l’écrin parfait. Parvenir à surprendre après tant d’années, tout le monde vous confirmera que c’est le meilleur moyen d’entretenir la passion.

Mais laissons l’ironie de côté et commençons par le commencement. Il était une fois un garçon et une fille, Thomas et Aurélie, tous deux musiciens, ayant chacun participé de manière plus ou moins déterminante à divers projets musicaux au cours de la décennie écoulée (Venus, Melon Galia, The Lovely Cowboy Orchestra, Raymondo, etc). En 2005, Thomas et Aurélie publient leur faire-part de naissance : I’m a Horse est né, reste à lui donner vie. S’en suit de longs mois d’un journal en ligne illustrant les premiers pique-niques et gazouillements du cheval bicéphale.

Début 2007, tout s’accélère : devenu “Soy un Caballo “, le duo sort 3 vidéos, quelques titres sur myspace, et annonce un album pour mai 2007. Mixé à Londres par Sean O’Hagan (High Llamas ) et comptant quelques collaborations de choix (on chuchote le nom de Will Oldham ), ce disque est en passe de devenir un des objets les plus attendus de l’année. Les quelques morceaux en écoute sur leur site ravissent en effet les cœurs et charment les esprits blasés : accords délicats, structures osées, atmosphères intimistes, textes touchants, Thomas et Aurélie semblent avoir atteint un état de grâce où tout leur semble possible et où tout est parfaitement pondéré. Touchant, émouvant, bouleversant, de loin ce qu’on a entendu de plus beau depuis très longtemps ; que demander de plus ?… Des concerts !

Le 14 avril, lors de la soirée Matamore, le groupe présentera en exclusivité quelques titres de l’album à venir. Les premiers “vrais” concerts auront lieux à Liège le 19 avril et à Bruxelles le 8 Mai (avec Ramona Cordova), dans le cadre des Nuits Botanique et pile pour la sortie de l’album.

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-* Ecoutez Au Ralenti (mp3), extrait de l’album à paraître en mai.

HALF ASLEEP

Jeune musicienne belge, Valérie partage son temps entre ses études et sa musique qu’elle enregistre chez elle, avec sa sœur Orianne. Deux disques, “Palms and Plums ” et “Just before we learned to swim ” voient le jour en 2003 et annoncent la couleur : Half Asleep, ce sont des mélodies sombres et fascinantes, des récits clair-obscurs d’absences et de peurs, de la mélancolie aussi, des promesses et de longs moments suspendus à regarder le soleil percer la nuit.

Un “split-tape ” avec Lobke précèdera la sortie de “(We are now) seated in profile ” en 2005. Pour cet ultime album, Valérie renoncera au MD et au “home-made” pour s’en aller chez Gilles Deles enregistrer 11 titres des plus troublants. Si on navigue toujours sur une mer indécise et fascinante à la fois, entre songwriting grave et folk mélancolique, les atmosphères douces et sombres sont ici enrichies d’arrangements plus aboutis, confirmant toute l’étendu des talents de la jeune bruxelloise. Lesquels talents trouveront, avec cette sortie, enfin écho dans la presse dite sérieuse. La suite s’annonce des plus prometteuses. On annonce notamment un split LP (en vinyle 33 tours) à sortir prochainement chez Humpty Dumpty.

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-* Ecoutez Washing Machines (mp3), extrait de ‘Just Before We Learned To Swim ‘, et I’m watchin’ TV – TV’s watchin’ me (mp3), extrait de ‘(we are now) Seated In Profile

RAYMONDO

C’était il y a peu, on vous parlait d’une “pop délicate, hybride, élaborée, qui se donne de jolis airs de Bossa et souffle un vent délicat de nova sur le paysage belge. ” On vous disait combien cette pop “peu docile ” vous régalerait de ses “mélodies qui sonnent comme autant de confidences fragiles, de gestes pondérés, de promesses généreuses. ” On vous parlait de Raymondo, de passage à Paris ce soir là.

Que dire de plus, si ce n’est que “River Into Lake”, deuxième album du combo bruxellois, est un disque inusable, plein de promesses dissimulées. Pas une écoute qui ne révèle son lot de trésors cachés, qui ne mette en lumière une kyrielle de nouveaux détails ignorés précédemment et semblant soudainement incarner l’essence même du disque. “River Into Lake” est inusable car il demeure une énigme, une obsession, une alchimie mystérieuse entre la pop auréolée de Talk Talk et les rythmes décomposés d’Arto Lindsay. Une alchimie obsédante parce brillamment réussie.

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-* Ecoutez To Bring You Joy (mp3), extrait de ‘River Into Lake ‘, et River Into Lake, extrait d’une session acoustique vox (mp3)

V.O.

A force de le croiser Boris Gronemberger aux côtés de Venus ou de Zop Hopop , à force de le retrouver sans cesse chez Francoiz Breut , Raymondo ou The Grandpiano , on en viendrait presque à oublier l’existence de V.O., son projet personnel. Et pourtant cette musique imaginée, orchestrée, jouée et chantée par Boris est de celle qui marque les esprits. Ambitieuse et intimiste à la fois, elle se particularise par un savant équilibre entre complexité des arrangements (accents noisy, productions recherchée, rythmes élaborés) et chaleur des mélodies. Ou quand Brian Wilson se love avec Tortoise.

Si V.O. existe depuis plusieurs années (on retiendra notamment une première partie pour Sonic Youth en 2000), c’est à partir de 2005 que Boris passe aux choses sérieuses et s’adjoint les services de Cédric Castus (Raymondo), Frédéric Renaux, Julien Paschal (Sharko ), et Thomas Van Cottom (Soy un Caballo) pour enregistrer “Pictures”, disque inouï et fondateur, véritable malle aux trésors qui ouvre un horizon de possible.

Disque fleuve, qui déverse un torrent d’idées lumineuses et dessine tout un univers vaste, personnel, riche et ambitieux. Un disque entier, de la trempe des Pet Sounds et autres Sergent Peppers (parfaitement !). Une pièce maîtresse dont on retiendra qu’elle fut la première pierre d’un édifice appelé à être grand, somptueux et respecté. En trois mots : Boris For President !

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-* Ecoutez Wet, Windy And Cloudy (mp3) et Le Ciel Cuivré (Part II) (mp3), extraits de l’album ‘Pictures ‘, ainsi que Sample Song, extrait d’une session acoustique vox (mp3)

SEPIA HOURS

Si Sepia Hours, alias Sébastien Biset, s’apprête à sortir le 14 avril son premier album sous l’étendard Matamore, il ne fait pas pour autant office de petit nouveau. Dès 2004 il signa notamment la première réalisation du netlabel Sundays In Springs et enchaîna ensuite plusieurs EP sur différents (net)labels.

Sepia Hours est un malaxeur de son, du genre à vous retourner une syllabe dans tous les sens avant d’en ressortir une flopées d’échos non identifiés et néanmoins fascinants. De l’ “Indietronica” qui s’invente un langage propre, un songwriting post-moderne qui fragmente, découpe, mélange, colle, et recompose.

Tantôt harmonieuses et rêveuses, tantôt franchement cocasses ou cyniques, les expérimentations/compositions de Sepia Hours ne délaissent jamais mélodies, rythmiques et autres ingrédients de base. L’exercice n’est jamais gratuit, la cohérence toujours assurée. Point de complaisance dans une posture minimaliste, nul automatisme froid. Tout est finement dosé, pesé, imaginé, dessiné. Pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

ET EN IMAGES…

SOY UN CABALLO , ‘La Disparition ‘ (réalisé par Thomas et Aurélie)

RAYMONDO , ‘Tomorrow ‘ (réalisé par Jean-Marc Panis de Supérette Productions)

SOY UN CABALLO , ‘Le Miroir ‘ (réalisé par Thomas et Aurélie)