La Blogothèque

Beto Guedes – Danilo Caymmi – Novelli – Toninho Horta

Attention, disque culte, important. Enregistré dans la foulée du Clube da esquina de Nascimento avec les mêmes musiciens, il s’agit d’un disque confidentiel sur lequel un musicien de la nouvelle génération comme Max de Castro ne tarit pas d’éloges. Aucune édition CD pourtant, et c’est sans doute ce qui l’a poussé à le poster lui-même sur Loronix dans un rip d’assez mauvaise qualité malheureusement, accompagné de cette déclaration d’amour : ce disque est un des meilleurs jamais enregistré au Brésil.

Longtemps pourtant ses constructions complexes et ses saisissantes ruptures de ton, entre la poésie bossa nova de Toninho Horta et les manières prog-rock de Beto Guedes , les digressions jazz de Novelli et la sophistication folk de Danilo Caymmi m’auront à la fois fasciné et rebuté. Puis un jour le disque s’est ouvert, ou plutôt c’est moi, et les récompenses sont apparues.

Elle s’appellent Manuel O Audaz , perle d’une émouvante délicatesse, moment fragile que l’on doit à un des musiciens les plus doués de tout le Clube da Esquina, Toninho Horta ; Belo Horror , morceau très prog au milieu duquel Beto Guedes , possédé par l’esprit de Wyatt, se lance dans des vocalises en dangereux équilibre avant que la batterie et l’orgue ne le rattrapent. Mais je pourrais citer Viva eu de Novelli , l’éthéré Meu Canário Vizinho Azul de Toninho Horta , les morceaux de Danilo Caymmi , Ponta Negra , Serra do mar . Le sinueux Caso Você Queira Saber et sa phrase d’introduction hallucinante s’était lui inscrit dans ma tête dès la première écoute.

Et comme tous les grands disques, rien ne manque à l’appel, pas même la petite histoire. Toninho Horta , Beto Guedes , Novelli et Danilo Caymmi devaient chacun enregistrer un disque solo dans la foulée du Clube da Esquina mais l’argent dépensé sur l’album de Nascimento et Lô Borges conduisit EMI à les annuler et leur proposer cette association sur un seul album. D’où ce disque protéiforme, sorte de quatre-disques-solo-en-un né du hasard et des restrictions budgétaires, et ce dos de pochette frondeur : quatre musiciens, entassés dans les chiottes d’EMI, regardant l’objectif d’un air de dire : « on va l’enregistrer quand même ce disque. Et vous allez voir … »