La Blogothèque

Rhâââ Lovely 2007

Cette édition ne fait pas exception. Aux “valeurs sûres” que le Rhâââ Lovely nous fait la joie d’attirer enfin vers nos contrées, s’ajoute une série de noms inconnus qui excitent notre imagination. Quelques jours (et une série de clicks) plus tard, le répertoire créé pour l’occasion est plein de mp3, de vidéos youtube, et de d’hyperliens propres à satisfaire notre curiosité. S’en suivent de longues heures d’écoute passionnée, avec son lot de surprises, de claques (d’uppercuts parfois), de ravissement et d’oubli de soi.

A trois semaines de cette 8ème édition du festival, nous vous livrons ici le résultat de ce travail de déminage. Un court descriptif d’une majeure partie de l’affiche 2007. Autant de groupes et d’artistes à découvrir dans le cadre de [Cortil-Wodon->javascript:Ouvrir('program/info/plan1.php',630,431);], petit village gaulois oublié de tout, au beau milieu de la campagne namuroise.

Et comme le Rhâââ Lovely est décidément un festival généreux (voir le descriptif élogieux rédigé l’an passé), nos quelques mots sont accompagnés d’une compilation disponible, gratuitement, au téléchargement ici.

( aKa

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THE MATT ELLIOTT FOUNDATION (Dj set)


Le petit dernier porte bien mal son nom : les chansons composant Failing Songs font tout sauf échouer. Un petit traité d’esthétique sur le clair-obscur, sur le moment où l’ombre gagne, né sur un bateau fantôme dont les marins épuisés psalmodient au soleil couchant des complaintes venues d’ailleurs.

Une liturgie venue en partie d’une Europe de l’Est qui n’a plus rien à voir avec celle d’un Kusturica ou d’un Beirut : ici les violons et les accordéons agonisent en geignant, les cuivres sont rangés et l’heure n’est pas à la musique de mariage.

Une ambiance spectrale et triste pour des images lunaires : Tout ici n’est qu’épuisement du corps et de l’âme, portrait de cette ultime tension désespérante des hommes presque perdus dans la brume qui s’abandonnent à un dernier sursaut. Espérant encore une petite lumière, un signe, un fanal qui viendrait trouer l’obscurité.

( Garrincha

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Site, Myspace, Rhâââ, ‘Planting Seeds’ (mp3)


PELICAN


Ecouter Pelican, c’est comme se faire déflorer par un éléphant, certains aiment, d’autres pas, mais il vaut mieux d’abord s’assurer de la solidité de la tuyauterie. Autrement dit, muqueuses en papier crépon s’abstenir. Parce que Pelican s’adresse plutôt à un public équipé de conduits auditifs en acier trempé. A l’instar d’Isis, Pelican fait dans le brutal, mais uniquement dans l’instrumental. Déjà sur son premier album, Australasia , sorti en 2004, le quatuor de Chicago martèle ses riffs surpuissants, fruits de longues digressions lubrifiées à l’huile de coude. De là à délaisser la mélodie ? Certainement pas. Lourd mais pas bourrin, Pelican ne rechigne pas à glisser ici un arpège, là une guitare acoustique. Mais c’est toujours pour mieux appâter la victime, avant de lui asséner le coup fatal, celui qui vous fend la nuque comme une buche. Pour situer le style, il suffit de voir avec qui le groupe tourne : Jesu, Red Sparowes, The Melvins, Boris, etc. Ils ont même enregistré un EP avec les japonais de Mono.

Le prochain album de Pelican, City Of Echoes , est programmé pour le mois de mai. ( AL

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Site, Myspace, Rhâââ


MILENASONG


Milenasong ne peut vous laisser indifférent. Sa musique jonglant entre familiarités folks les plus douces et collages expérimentaux les plus sombres excitera inévitablement vos neurones. Certes l’expérience sera déstabilisante, vous aurez l’amère sensation d’évoluer en terrains mouvants, sans repères stables, a tâtons. Certain trouveront cela insupportable, d’autres s’en délecterons ; mais rare sont ceux qui oublieront.

Sabrina Melina, berlinoise d’adoption, européenne de nationalité (norvégienne, slovène et croate) semble poser un regard résolument postmoderne sur ce qui l’entoure, ce qui la précède et ce qui la suivra. Relecture des frontière, réappropriation de l’héritage musical, shopping constant où l’on n’hésite pas à arracher l’élément que l’on désire faire sien sans s’encombrer des artifices. Il en résulte une musique infiniment personnelle, familière et inconnue à la fois. Un plaisir pour les oreilles, un excitant pour l’esprit. ( aKa

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Site, Myspace, Rhâââ, ‘Thirty’ (mp3)


CRIPPLED BLACK PHOENIX


Au départ, on se croirait dans le film de Victor Sjöström : on entend distinctement le vent souffler, rugir, s’engouffrer dans tous les espaces jusqu’à en faire grincer le bois, grincer les murs. Puis ça continue comme un western crépusculaire, perdu dans l’immensité du désert, tantôt écrasé par le calme menaçant des friches, tantôt émerveillé par la sérénité immémoriale de géants de pierre. De temps à autres, nos guides croisent des caravanes ou des villages en devenir, et ils se mettent alors à chanter comme des pistoleros éplorés, soliloquant comme des vieux fous asséchés par la solitude, gémissant comme des coyotes égarés.

Crippled Black Phoenix est un collectif mené par un certain Justin Greaves (Electric Wizard), et bénéficie entre autres de la présence (révélatrice) de Dominic Aitchison, le bassiste de Mogwai . Publié sur Invada (le label de Geoff Darrow, de Portishead), leur 1er album A Love of Shared Disasters est aussi pensé comme le premier volet d’une trilogie, composée de “ballades de fin des temps” : on est plus qu’impatient d’entendre la suite de ce qui déjà l’un des albums les plus envoûtants de l’année, aussi captivant dans ses soundscapes fantomatiques que dans ses chants dévastés.

D’autant que dans ce post-rock aussi ample qu’intime, on fini par entendre quelque chose de l’Americana ténébreuse et lyrique du Méridien de Sang, de Cormac McCarthy.

( godspeed

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Site, Myspace, Rhâââ


A WHISPER IN THE NOISE


On avait rencontré les atmosphères crépusculaires des Whisper In The Noise en 2002 sur le magnifique “Through The Ides Of March” : cordes en pizzicato et envolées de piano au service d’une voix fantomatique, perturbés par des nappes statiques de bruit. Un contraste saisissant entre l’ampleur des orchestrations et le son bastringue et lo-fi. Après un remarquable passage en terre dylanienne sur la BO de Lady In The Water, un opus intitulé “As The Bluebird Sings” en 2006, le groupe – toujours produit par Albini – promet son nouvel opus pour le courant de l’année.

( Garrincha

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Site, Myspace, Rhâââ, ‘A New Dawn’ (m3u)


ROTHKO


Au départ (1997) trio de bassistes post-rock installant des paysages ondulants, Mark Beazley dissout le groupe en 2001 mais continue à officier sous ce nom au gré de collaborations choisies avec bonheur : Distant Sound of Summer avec Susumo Yokota et A Place Between avec Caroline Ross (Delicate Awol) tous deux publiés sur Lo Recordings en 2005. De l’ambient pas barbante. ( Rom

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Site, Myspace, Rhâââ


AUDREY


A force d’enfanter des groupes de pop acidulée et ensoleillée, on avait fini par oublier qu’en Suède, bien souvent, il fait froid, il neige et que les petits cœurs y gèlent aussi sous les assauts de la mélancolie. Les 4 filles d’Audrey se situent clairement dans cette saison là, dans un hiver amniotique, dans un climat propice à l’introspection résignée et laissant toute latitude à la cristallisation de sa tristesse.

Sur son 1er album, Visible Forms , Audrey pratique un slowcore si délicat et éthéré, si résolu à l’invocation d’ambiances impalpables, qu’on a parfois peur qu’il s’évapore si on l’étreint trop fort. Chaque avancée se fait à petit pas, chaque arrangement se fait à dose homéopathique ; les notes de piano sont transfusées au goutte-à-goutte, les voix sont translucides et on ne sait si le violoncelle rampe ou oscille d’indécision.

C’est un disque qui s’apprivoise progressivement, qu’il faut laisser infuser lentement, de la même manière qu’il faudra laisser à Audrey le temps de murir, le temps d’affiner encore un peu certains contours. Mais cet art de la retenue (et la sensibilité qui fourmille en dessous) laisse présager de belles choses à venir.

( godspeed

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Site, Myspace, Rhâââ, ‘Mecklenburg’ (mp3)


BRACKEN


Bracken est le projet solo de Chris Adams, chanteur du groupe anglais Hood. Avec We Know About The Need , sorti en début d’année, Bracken laisse s’exprimer ses pires angoisses au milieu de collages electro-dub détraqués. Allongées sur des nappes de synthé sombres et profondes, les complaintes douloureuses de Chris Adams émergent timidement pour se faire aussitôt écraser par une basse lourde et une batterie sourde. Adeptes de musiques festives, passez votre chemin. Car Bracken s’écoute plutôt couché sur le sofa d’un psy. Ce qui frappe dès la première écoute, c’est le contraste saisissant entre, d’une part, un trip hop sophistiqué, rond et plein et, d’autre part, un chant tout en retenue, à la limite de l’autisme et parfois presque dissonant.

Bouleversant et effrayant à la fois, Bracken détricote méticuleusement les mélodies de chacun de ses morceaux pour mieux les noyer sous des litres de mélancolie synthétique. Sadisme et perversion… Et l’auditeur de se retrouver seul à essayer de reconstruire la trame de cette histoire dont il sait pourtant qu’elle ne se terminera pas sur un happy end. ( AL

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Myspace, Rhâââ, ‘Bracken’ (mp3)


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ARNAUD MICHNIAK


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A signaler, le retour d’Arnaud Michniak, ex-chanteur des feux (et regrettés) Diabologum et ensuite électron libre sous le nom de [Programme-> http://www.myspace.com/prgrammefake]. Il présentera ici sa nouvelle expérience, intitulée “film/slam/sons”, laquelle pousse plus loin l’expérimentation en mélangeant chansons extraites de son futur album “Poings perdus”, poésies, slams et expériences visuelles. Un projet hybrides, fou, sans compromis à ne pas manquer.

Site, Myspace


PART CHIMP


Part Chimp est un groupe noise punk écossais, formé notamment d’ex-membres de Ligament et de Penthouse, et produit par un des membres de Mogwai. De là à faire dans le post-rock abstrait, il n’y avait qu’un pas qu’ils ont sagement décidé de ne pas franchir. Pas habitué à faire dans le détail, le quatuor de Glasgow pratique plutôt un rock sale et sauvage, poussant le volume de tous les amplis sur 10 et regrettant amèrement que le potentiomètre n’aille pas jusque 12. Adepte des grosses saturations (Merde, les baffles de ma chaîne sont nazes. Ah non, ouf, c’est juste le CD qui est comme ça…), Part Chimp n’a pas son pareil pour pondre des rythmiques étouffantes. Chaque partie de guitare sonne comme un 10 tonnes dévalant les Highlands sur les jantes. Et pourtant, ils ne sont que quatre…

Petit conseil : si vous avez oublié les boules Quies, éloignez vous des baffles…( AL

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Site, Myspace, Rhâââ


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MAIS ENCORE…


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Ceux là joueront presque à domicile. Du moins est-ce le cas pour K-Branding, déjà auteur d’une apparition remarquée lors de l’édition 2005. Trio punk adepte des expérimentation improvisée et de bruitisme savant tout autant que spontané, le groupe ne manquera pas de confirmer la rumeur persistante, laquelle fait de la scène leur meilleure terrain de jeu.

Autre trio et adepte des improvisations noisy instrumentales et obsédantes, Pentark devrait offrir un set à la hauteur de sa réputation. Tympan sensible et amateur de couplet/refrains chauds et rassurants, passez votre chemin.

On sera enfin attentif à la prestation de Frank Shinobi, projet aux accents math-rock satinés d’émo qui semble devoir réserver quelques belles promesses.

Après tout ces émotions, les longues instrumentaux aériens proposés par le quintet anglais Yndi Halda devraient vous assurer quelques précieuses minutes de quiétude et d’apaisement. Quoique…

- K-Branding: Site, Myspace, Rhâââ, ‘Machism System’ (mp3)

- Pentark : Site, Myspace, Rhâââ, Titre (mp3)

- Frank Shinobi: Site, Myspace, Rhâââ, Titre (mp3)

- Yndi Halda : Site, Myspace, Rhâââ, Titre (mp3)


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PS : Grand merci à AL pour son aide et sa plume