La Blogothèque

Ratatat met des claques

Je ne me suis jamais penché sur Ratatat, à tort sans doute. Vite catalogué dans la catégorie électro-foutraque sur la foi d’une chronique lue en diagonale je ne sais plus où et sans même me donner la peine de leur prêter une oreille. Rien, dans la façon dont ils se présentaient alors, ne m’avait convaincu qu’ils méritaient plus d’attention.

Depuis la sortie de son premier album en 2004, le duo a pourtant reçu les honneurs d’une presse quasi-unanime.

Et puis, il y a quelques jours ont commencé à filtrer les premiers extraits du tout dernier projet du duo new-yorkais. Après un album éponyme et son “Classics” de 2006, ceux que l’on a comparé à M83 pour leurs ambiances atmosphériques s’attaquent à… Notorious BIG et une floppée de rappers US. Surprenant à première vue. En faisant 3 recherches, on se rend vite compte que Pitchfork notait déjà une forte influence hip-hop sur leur premier album et surtout que nos deux bonshommes ont déjà commis une première galette de remix du même acabit, avec au programme l’excellent Ghostface, Kanye West & Jay Z. Que du lourd – et du très mainstream, en somme.

J’avais donc bien raté le train. Peu importe, puisqu’il repasse en ville. Ce sont 4 extraits qui ont déjà filtré :

“Party & Bullshit” est probablement l’hymne le plus connu de Notorious BIG. L’exercice le plus délicat, donc, et ce n’est pas leur réussite la plus franche. Efficace, certes, mais cela ressemble presque trop à du Just Blaze, les guitares saturées renvoyant par exemple au Safe 2 Say de Fat Joe.

Viennent ensuite “The Mule”, une reprise de Z-ro, Devin the Dude & Juvenile et “3 Kings” par Slim Thug, Bun B. & T. I. (oui, ce T.I. là). Ca cogne juste, fort heureusement, mais le parti pris semble surtout être de déplacer cette bande de brailleurs dans un cadre qui n’est pas dénué de mélancolie. Sur 3 Kings, on a ainsi d’un côté les voix empruntées aux 3 MCs, qui divaguent sur des soirées passées en compagnie de Snoop au carré VIP entourés de jeunes et avenantes femmes court vétuesà poil, et de l’autre, presque caché derrière un mur de son, les harmonies en petites touches impressionnistes d’un synthétiseur qui ne déparerait pas sur une composition de Boards of Canada. Le contraste est saisissant et fonctionne à merveille.

Même chose pour les arpèges de guitare qui font irruption sur le refrain de The Mule pour sous-tendre la voix de Devin The Dude. Comme Kanye West qui, pour lui-même ou pour ses potes Jay-Z et Common, orne ses compositions de samples déchirants de chanteuse soul, nos deux camarades ont compris que le meilleur hip-hop, aussi rageur, braillard et affamé soit-il, se nourrit toujours d’un fond nostalgique.

Dernier extrait de ce “Remixes Vol. 2″ qu’on attend déjà avec impatience, c’est Memphis Bleek qui se voit prendre en main par Mike Stroud & Evan Mast. Un MC de seconde zone, longtemps présenté comme l’hériter de Jay-Z mais n’ayant jamais réussi à transformer l’essai. Autant le dire tout de suite, tout dans ce “Alright” est parfait : une introduction précautionneuse du thème central précède un orgue saturé et plaintif, exactement à mi-chemin entre la rage et le découragement, et des notes de piano qui pleuvent en staccato comme autant de petites larmes vite essuyées. On pense autant au “Dans le club” de TTC (en moins vain) qu’aux productions mélancoliques de l’anglais Aim.

Du hip-hop conçu comme une entreprise de réconciliation des contraires, avancant sur une corde raide : vivement la suite.

Ratatat est sur Myspace et bientôt en concert (mais pas chez nous).

Edit : deux autres morceaux supplémentaires chez les jeunes de Fluokids