La Blogothèque

Egberto Gismonti (2)

Ce billet n’a qu’un seul but : donner une exposition maximale à un disque d’une sidérante beauté, le disque de 73 simplement intitulé Egberto Gismonti . La révélation Gismonti m’est venue un dimanche matin. L’appartement était au calme, même le PC était éteint. La pièce baignait dans le soleil, je lisais Mitchum de Blutch quand le premier morceau, Luzes da ribalta a résonné dans la pièce. Tout bruitiste qu’il est, ce morceau, concassé, tordu, il s’est créé, avec le dessin, la lumière, un moment d’harmonie que cette introduction aura vainement tenté de vous faire ressentir.

Egberto Gismonti , parfois désigné Luzes da ribalta d’après le premier titre, est le cinquième album en quatre ans d’un artiste à la progression impressionnante. En 1973 Egberto Gismonti n’a que 26 ans et son langage musical atteint déjà des sommets de sophistication. L’explosif Luzes da ribalta le prouve, il a digéré les cours de Nadia Boulanger de Jean Barraqué suivis lors de son séjours à Paris et on se surprend à retrouver au Brésil un compagnon d’aventure du Jean-Claude Vannier de L’enfant assassin des mouches .

L’album n’a rien d’une démonstration théorique de déconstruction musicale. A l’explosion sonore de Luzes da ribalta succède le délicat et mélancolique Memoria e fado dont les climats m’évoquent Madredeus avec dix ans ans d’avance. Le sublime et menaçant Encontro no bar ouvre la seconde face sur une note nerveuse immédiatement contrebalancée par le fondant Adagio pour piano et violons. On n’est plus très loin de la musique classique maintenant, et tout près également de ces contrées délicatement explorées par Eumir Deodato dans son rêveur Percepçao .

Ce beau disque est paradoxalement assez peu mis en avant dans la discographie d’Egberto Gismonti . Sans doute parce que de ces deux publics, celui venu à lui pour ses expérimentations Jazz world et celui scotché par Sonho 70 , ce disque n’est le chouchou d’aucun. Pourtant, à la jonction, se trouve le meilleur des deux mondes.